8 novembre 2015

“Les fils de Zébédée” et “les disciples anonymes” dans le quatrième Évangile



Email: josleminhthong@gmail.com
Le 9 novembre 2015.

Contenu

I. Introduction
II. Jean l’apôtre et le disciple que Jésus aimait
     1. Les fils de Zébédée en Jn 21,2
     2. Jean, le frère de Jacques dans les Synoptiques
     3. Quelques actions de Jean l’apôtre
III. Les disciples anonymes dans le quatrième Évangile
     1. L’un des deux premiers disciples en Jn 1,37-40
     2. « Un autre disciple » en Jn 18,15-16
     3. L’un des deux disciples anonymes en Jn 21,2
     4. Le disciple que Jésus aimait
IV. Conclusion
     Bibliographie



I. Introduction

Dans l’article : « “Le disciple que Jésus aimait”, “Jean l’apôtre” et “Jean l’évangéliste” dans les traditions des IIè-IVè siècles » du 23 octobre 2015, nous avons montré que les documents des IIè-IVè siècles ne nous permettent pas d’identifier « le disciple que Jésus aimait » dans le quatrième Évangile avec « Jean l’apôtre » et « l’auteur » de cet Évangile dans la notion moderne du terme.

Dans cet article, d’une part, nous comparons « le disciple que Jésus aimait » dans le quatrième Évangile et « Jean l’apôtre » dans les Évangiles synoptiques pour savoir si les quatre Évangiles sont en faveur ou non d’une identification entre ces deux personnages, et d’autre part, nous faisons la distinction entre le disciple que Jésus aimait des autres disciples anonymes dans le quatrième Évangile.

Dans cet article, les références aux auteurs sont abrégées. Le nom de l’auteur suivi d’un astérisque (*) renvoie à son commentaire de l’Évangile de Jean. Pour un ouvrage ou un article nous ajoutons quelques mots du titre, en italique s’il s’agit d’un livre, entre guillemets s’il s’agit d’un article ou d’un extrait d’un ouvrage. La référence complète se trouve dans la bibliographie à la fin de l’article. Pour les citations de la Bible, nous utilisons la Bible de Jérusalem sauf Jn 1–2 qui est de notre traduction).

II. Jean l’apôtre et le disciple que Jésus aimait

Cothenet, « Le quatrième évangile », 288, identifie le disciple que Jésus aimait à Jean le fils de Zébédée pour une double raison : d’abord les apôtres Jean et Pierre sont associés dans les Synoptiques, dans les Actes des apôtres et dans l’épître aux Galates (Ga 2,9). Dans le quatrième Évangile, le disciple que Jésus aimait et Pierre sont souvent ensemble (Jn 13,23-26 ; 20,3-10 ; 21,1-23). Ensuite ce disciple pourrait être l’un des fils de Zébédée mentionné en Jn 21,2. Or ces arguments sont difficiles à soutenir puisqu’il y a une différence indéniable entre les deux personnages : « l’apôtre Jean » et « le disciple que Jésus aimait ». Dans cette partie nous présentons la différence entre ces deux personnages en trois points : (1) Les fils de Zébédée en Jn 21,2 ; (2) Jean, le frère de Jacques dans les Synoptiques ; (3) Quelques actions de Jean l’apôtre.

     1. Les fils de Zébédée en Jn 21,2

La désignation « les fils de Zébédée » sans préciser les noms « Jacques » et « Jean » figure en 3 occurrences dans les quatre Évangiles (Mt 20,20 ; 26,37 ; Jn 21,2). Dans l’Évangile de Matthieu, « les fils de Zébédée » renvoie explicitement aux deux frères : Jacques et Jean. Dans le quatrième Évangile, les noms de ces deux frères « Jacques » et « Jean » ne sont pas mentionnés. Grâce aux Synoptiques on sait que « les fils de Zébédée » sont Jacques et Jean. Selon les Synoptiques, les quatre premiers disciples (Pierre et André son frère, puis Jacques et Jean son frère) sont appelés par Jésus au bord de la mer de Galilée. Le narrateur raconte en Mt 4,21-22 : « 21 Et avançant plus loin, il [Jésus] vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée leur père, en train d’arranger leurs filets ; et il les appela. 22 Eux, aussitôt, laissant la barque et leur père, le suivirent. »

Le quatrième Évangile présente les premiers disciples de Jésus dans une autre perspective. Les deux premiers disciples de Jésus (André et un disciple anonyme) étaient disciples de Jean Baptiste (Jn 1,35-39) et la scène se passe probablement « à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, où Jean baptisait » (1,28). Ensuite André dit à son frère Simon-Pierre : « Nous avons trouvé le Messie » (1,41b). Le groupe des premiers disciples de Jésus dans le quatrième Évangile est formé de cinq disciples (au lieu de quatre dans les Synoptiques) : un disciple anonyme, André, Simon-Pierre, Philippe et Nathanaël, cf. article : « Jn 1,35-51 : Les premiers disciples de Jésus » du 21 août 2015.

Dans le quatrième Évangile, l’appellation « les fils de Zébédée », littéralement : « ceux de Zébédée (hoi tou Zebedaiou) », n’apparaît qu’en une seule occurrence en 21,2. Les fils de Zébédée appartiennent au groupe de sept disciples mentionnés en 21,2 dans lequel deux disciples sont anonymes. La première partie du récit de la pêche abondante (21,1-14) est racontée en 21,1-3 : « 1 Après cela, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade. Il se manifesta ainsi. 2 Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. 3 Simon-Pierre leur dit : “Je m’en vais pêcher.” Ils lui dirent: “Nous venons nous aussi avec toi.” Ils sortirent, montèrent dans le bateau et, cette nuit-là, ils ne prirent rien. »

Le disciple que Jésus aimait est l’un des sept disciples dans le bateau, puisqu’il prend la parole en 21,7 : « Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : “C’est le Seigneur !” À ces mots : “C’est le Seigneur !” Simon-Pierre mit son vêtement – car il était nu – et il se jeta à l’eau. » Nous rejoignons l’opinion des  auteurs (cf. Schnackenburg*, III, 384) qui considèrent que « le disciple que Jésus aimait » en 21,7 est l’un des deux disciples anonymes mentionnés en 21,2. Boismard, « Le disciple », 79, écrit : « Une double conclusion, négative, en découle : puisque le disciple que Jésus aimait est l’un des “deux autres disciples” mentionnés en 21,2, il ne peut pas être Jean l’apôtre, le fils de Zébédée, qui en est explicitement distingué dans ce verset. En conséquence, l’autre disciple qui accompagne André en 1,35 ss ne peut pas être non plus ce Jean, fils de Zébédée, comme on l’a affirmé trop souvent. Respectons l’anonymat voulu par l’évangéliste. »

Nous pouvons conclure que l’un « des fils de Zébédée » mentionné en Jn 21,2 est Jean l’apôtre et que ce dernier n’est pas le disciple que Jésus aimait. Ce disciple est l’un des deux disciples innommés en 21,2.

     2. Jean, le frère de Jacques dans les Synoptiques

Le fait que le disciple que Jésus aimait est souvent présenté à côté de Simon-Pierre dans le quatrième Évangile est-il suffisant pour identifier le disciple que Jésus aimait avec Jean l’apôtre ? Pour répondre à cette question, nous comparons « Jean, le frère de Jacques » dans les Synoptiques avec « le disciple que Jésus aimait » dans le quatrième Évangile.

L’apôtre Jean est nommé dans les Synoptiques par quatre appellations : « Jean », « le frère de Jacques », « le fils de Zébédée » et « le fils du tonnerre ». Le tableau ci-dessous indique ces appellations dans les Synoptiques :


Parfois Jacques et Jean sont nommés : « les deux frères » (Mt 20,24) ou « les fils de Zébédée » (Mt 26,37). Le surnom « le fils du tonnerre » ne se trouve que dans la liste des Douze en Mc 3,17 : « … puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire « fils du tonnerre ». Dans le quatrième Évangile les noms des deux frères « Jacques » et « Jean » ne sont pas mentionnés. Il y a seulement une occurrence de l’expression « les fils de Zébédée » en Jn 21,2 qui renvoie indirectement à Jacques et Jean.

Jean l’apôtre est présent dans plusieurs récits des Synoptiques. Dans ces récits, Jean l’apôtre agit seul, ou avec Jacques, ou encore avec Jacques et Pierre, parfois il est simplement mentionné. Voici la liste des récits où Jean l’apôtre est présent :


Dans ces récits, une seule fois Jean prend la parole en Mc 9,38 (// Lc 9,49) ; deux fois Jean et Jacques parlent à Jésus  en Mc 10,35 (// Mt 20,22) et Lc 9,54 ; et une fois Jean, Jacques et Pierre demandent à Jésus les signes de la destruction du Temple en Mc 13,3. Dans les autres récits, Jean l’apôtre est seulement mentionné. Dans quatre récits (cf. le tableau), Jean l’apôtre appartient au petit groupe intime de Jésus : Jean, Jacques et Pierre.

Dans le quatrième Évangile, aucun des récits dans le tableau ci-dessus n’est rapporté et le groupe des trois disciples : Jean Jacques et Pierre ne figure pas. Le quatrième Évangile parle du groupe des Douze (dôdeka) 4 fois en 6,67.70.71 ; 20,24 mais la liste de noms des Douze n’est pas donnée. Il n’y a donc pas de récit parallèle entre « Jean l’apôtre » et « le disciple que Jésus aimait ».

     3. Quelques actions de Jean l’apôtre

Quelles sont les actions de Jean l’apôtre dans les Synoptiques ? Nous présentons quelques récits où Jean prend la parole pour comparer avec le disciple que Jésus aimait dans le quatrième Évangile.

En Mc 9,38, Jean dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus lui répond en Mc 9,39-40 : « 39 Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. 40 Qui n’est pas contre nous est pour nous. » Il n’y a qu’une seule intervention de Jean l’apôtre dans les Synoptiques (Mc 9,38-40 // Lc 9,49-50). Dans les autres interventions, Jean est associé soit avec son frère Jacques, soit avec Pierre. Le récit Mc 9,38-40 montre que Jean ne comprend pas Jésus. Jésus lui demande de faire le contraire de ce qu’il veut faire.

Quand Jean et Jacques demandent à Jésus de siéger à sa droite et à sa gauche dans sa gloire (Mc 10,37), Jésus leur dit en Mc 10,38a : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. » Notons que dans ce récit, Jésus fait allusion à la mort martyre de ces deux frères. Jésus leur dit en Mc 10,39 : « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés. » (cf. le martyre de Jean l’apôtre dans l’article « “Le disciple que Jésus aimait”, “Jean l’apôtre” et “Jean l’évangéliste” dans les traditions des IIè-IVè siècles ». À la fin du récit Mc 10,35-41, le narrateur relate la réaction des dix autres apôtres en Mc 10,41 : « Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean. » Mais Jésus leur enseigne ceci en Mc 10,43b-44 : « 43b Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, 44 et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous. » Cet enseignement invite Jean, Jacques et les dix autres apôtres à changer leur quête du pouvoir et de la grandeur pour devenir des serviteurs.

Dans la péricope Lc 9,51-56, Jésus et ses disciples montent à Jérusalem. Quand les Samaritains n’accueillent pas les messagers qui viennent pour préparer la route, Jacques et Jean dit à Jésus : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » (Lc 9,54) Cette proposition ne correspond pas à la volonté de Jésus, c’est pourquoi il fait des reproches à ces deux frères et prend un autre chemin comme le narrateur le dit en Lc 9,55-56 : « 55 Mais, se retournant, il [Jésus] les [Jacques et Jean] réprimanda. 56 Et ils [Jésus et ses disciples] se mirent en route pour un autre village. »

À Gethsémani, Jésus prend avec lui trois disciples : Jean, Jacques et Pierre et leur dit : « Mon âme est triste à en mourir ; demeurez ici et veillez » (Mc 14,34), puis il va un peu plus loin pour prier (cf. Mc 14,35). Au moment de l’agonie de leur Maître, ces trois disciples se sont endormis. Trois fois Jésus va prier, trois fois il revient et trouve ses disciples en train de dormir (Mc 14,37.40.41). Même si Jésus a dit à Pierre en Mc 14,37b-38 : « 37b Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ?  38 Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible », ces trois disciples continuent à dormir parce que « leurs yeux étaient alourdis ; et ils ne savaient que lui répondre » (Mc 14,40), explique le narrateur. Jean comme les autres apôtres sont  confrontés aux faiblesses humaines, tandis que le disciple que Jésus aimait dans le quatrième Évangile est présenté différemment.

Dans les Synoptiques, Pierre joue un rôle plus important que Jean l’apôtre. Par exemple, lors de la transfiguration de Jésus (Mc 9,2-8), c’est Pierre qui prend la parole (Mc 9,5). À Gethsémani, trois apôtres (Pierre, Jacques et Jean) sont présents, mais Jésus s’adresse à Pierre (Mc 14,37). Dans le quatrième Évangile, la situation est renversée. Au dernier repas, c’est avec l’aide du disciple que Jésus aimait (Jn 13,23-24) que Pierre a reçu l’information sur celui qui va livrer Jésus. Dans le récit de la pêche abondante (Jn 21,1-14), le disciple que Jésus aimait dit à Pierre que l’homme qui se trouve au bord du lac de Tibériade était le Seigneur (Jn 21,7). Devant le tombeau vide (Jn 20,1-10), « il [le disciple que Jésus aimait] vit et il crut » (Jn 20,8), tandis que la foi de Pierre n’est pas mentionnée. Selon les Synoptiques, les Douze dont Jean fait partie, sont dispersés quand Jésus est arrêté, tandis que dans le quatrième Évangile, le disciple que Jésus aimait est présent au pied de la croix (Jn 19,26) ; il témoigne que le sang et l’eau ont coulé du côté transpercé de Jésus (Jn 19,31-37).

Ainsi, dans le quatrième Évangile, l’autorité de Pierre est reconnue mais le disciple que Jésus aimait a une relation plus intime avec Jésus que Pierre et les autres disciples. Il n’y a aucun malentendu et aucune incompréhension entre Jésus et le disciple qu’il aimait. Ce n’est pas le cas de l’apôtre Jean dans les Synoptiques (voir plus haut). Les différences entre « l’apôtre Jean » et « le disciple que Jésus aimait » sont indéniables. Le fait que le disciple que Jésus aimait et Pierre aient été souvent ensemble dans l’Évangile de Jean (Jn 13,23-26 ; 20,3-10 ; 21,1-23) ne permet donc pas d’identifier ce disciple avec  Jean l’apôtre.

III. Les disciples anonymes dans le quatrième Évangile

La comparaison entre « Jean l’apôtre » dans les Synoptiques et « le disciple que Jésus aimait » dans le quatrième Évangile nous permettent de distinguer deux personnages différents. En plus, dans le quatrième Évangile, le disciple que Jésus aimait est l’un parmi d’autres disciples anonymes. Certains passages de cet Évangile n’ont pas d’indices suffisants pour identifier le disciple anonyme en question avec le disciple que Jésus aimait. Nous présentons quatre disciples anonymes : (1) Un des deux premiers disciples en 1,37-40 ; (2) « Un autre disciple » en 18,15-16 ; (3) L’un des deux autres disciples anonymes en 21,2 ; (4) Le disciple que Jésus aimait.

     1. L’un des deux premiers disciples en Jn 1,37-40

En 1,35-37, le narrateur rapporte que les deux premiers disciples de Jésus étaient les disciples de Jean Baptiste. Jean présente Jésus à ses deux disciples et ces derniers suivent Jésus. Le narrateur raconte en 1,35-37 : « 35 Le lendemain, de nouveau, Jean se tenait là avec deux de ses disciples. 36 Fixant son regard sur Jésus en train de marcher, il dit : “Voici l’agneau de Dieu.” 37 Les deux disciples l’entendirent parler et suivirent Jésus. » Ces deux disciples demeurèrent auprès de Jésus ce jour-là (1,39c).

Dans l’unité littéraire suivante (1,40-42), le narrateur relate l’appel de Simon-Pierre : « 40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux qui avaient écouté Jean et qui l’avaient suivi. 41 Celui-ci trouve d’abord son propre frère Simon et lui dit : “Nous avons trouvé le Messie” – c’est-à-dire, étant traduit : Christ –. 42 Il l’amena à Jésus. Fixant son regard sur lui, Jésus dit : “Toi, tu es Simon, le fils de Jean, toi, tu seras appelé Céphas” – ce qui signifie : Pierre –. » Parmi les deux premiers disciples qui ont suivi Jésus, seul André est nommé en 1,40. Le nom de l’autre disciple n’est pas communiqué.

Certains critiques cherchent à identifier ce disciple anonyme en considérant qu’il est le disciple que Jésus aimait (Lagrange*, 46-47 ; Cothenet, « Le quatrième », 288 ; Delebecque, Évangile de Jean, 13 ; Moloney*, 7 ; Brown, La communauté, 35 ; Marchadour*, 2011, 62) ou Philippe (Boismard, « Les traditions johanniques », 42 ; Colson, L’énigme du disciple, 14 ; BoismardLamouille*, III, 95 ;  Léon-Dufour*, I, 193).

En effet, Cothenet identifie le disciple anonyme en 1,37-39 avec « le fils de Zébédée » et « le disciple que Jésus aimait ». Cothenet, « Le quatrième », 288, écrit : « On peut songer à lui [le disciple que Jésus aimait, le fils de Zébédée] dans la scène de Jn 1,35-39, où l’un est André et l’autre reste innommé. » Il en est de même pour Delebecque. Cet auteur identifie l’apôtre Jean avec le disciple que Jésus aimait, un disciple de Jean Baptiste (1,35-37). Selon Delebecque, Évangile de Jean, 13 : « Il [Jean, le fils de Zébédée, le disciple que Jésus aimait] se désigne si timidement que l’on voit mal à quel moment il devint disciple de Jean-Baptiste. Il ne dit rien sur la pêche miraculeuse du lac de Tibériade [Lc 5,1-11], mais on ne peut guère douter qu’à côté d’André il était l’autre, l’un des deux qui avaient entendu parler le Précurseur, et qui l’avaient suivi [Jésus] (1,40). » Delebecque a mis une note de traduction du v. 40 : « un des deux : l’autre est presque sûrement l’évangéliste qui, toujours discret sur soi, jamais ne prononce son propre nom. » (Delebecque, Évangile de Jean, 147).

Moloney identifie « le disciple anonyme » en 1,35-39 et « l’autre disciple » en 18,15 avec « le disciple que Jésus aimait » en 20,2. Selon Moloney, au stade plus primitif, il s’agit de l’appellation « l’autre disciple », ensuite au stade final de la rédaction de l’Évangile, l’appellation « celui que Jésus aimait » est ajoutée en 20,2. Moloney*, 7, écrit : « Jean-Baptiste envoie ses deux disciples pour suivre Jésus (cf. 1,35-42), l’un d’eux est nommé à la fin : André (1,40), l’autre reste incognito. Il existe une répétition de cette pratique de non-nommé d’un personnage du récit connue comme “l’autre disciple” (18,15.16 ; 20,3.4.8). Ce personnage énigmatique vient finalement d’être connu comme “l’autre disciple… que Jésus aimait” (cf. 20,2). On voit en 20,2 qu’au stade initial de la tradition on avait tout simplement “l’autre disciple” (cf. 18,15.16 ; 20,3.4.8), mais que, dans l’édition finale (ou au moins à un stade ultérieur de la rédaction de l'Évangile) les mots “que Jésus aimait” ont été ajoutés. »

(“As John the Baptist sends two of his disciples to follow Jesus (cf. 1:35-42), one of them eventually named: Andrew (1:40). The other remains incognito. There is the repetition of this practice in the non-naming of a character in the story known as ‘the other disciple’ (cf. 18:15,16; 20:3,4,8). This enigmatic character eventually comes to be known as ‘the other disciple… whom Jesus loved’ (cf. 20:2). In 20:2 it look as if an early stage of the tradition simply had ‘the other disciple’ (cf. 18:15,16; 20:3,4,8), but that in a final edition (or at least a later stage in the writing of the Gospel) the words ‘whom Jesus loved’ were added”).

Brown, La communauté, 35, est d’accord pour voir dans le disciple innommé en 1,35-40, le disciple que Jésus aimait : « Je suggérerais encore que le tableau johannique devient plus compréhensible si le disciple bien-aimé fut, comme quelques-uns des disciples nommés en Jean 1,35-51, disciple de Jean Baptiste, peut-être même le disciple innommé de 1,35-40 : ce passage mentionne en effet deux disciples, mais n’identifie que l’un d’eux, André. Dans ce cas, le disciple bien-aimé aurait eu une expérience première analogue à celle de quelques membres éminents parmi des Douze. »

Quant à Boismard, « Le disciple », 79, il refuse d’identifier le disciple innommé en 1,37 avec Jean l’apôtre : « L’autre disciple qui accompagne André en 1,35 ss ne peut pas être non plus ce Jean, fils de Zébédée, comme on l’a affirmé trop souvent. Respectons l’anonymat voulu par l’évangéliste. » (Cf. la citation complète plus haut). Boismard attribue au rédacteur final de l’évangile de l’identification entre « le disciple anonyme » en 1,37 et « le disciple que Jésus aimait » en Jn 21. Selon Boismard, « Le disciple », 80, le disciple que Jésus aimait aurait été un prêtre de Jérusalem : « Il faudrait donc en attribuer la rédaction à l’ultime rédacteur de l’Évangile. Ne serait-ce pas lui alors qui aurait fait du disciple que Jésus aimait, d’abord un disciple du Baptiste, puis un prêcheur de Galilée, alors qu’en réalité, selon la tradition johannique la plus ancienne dont Polycrate d’Éphèse serait un bon témoin (cf. 18,15-16) il aurait été un prêtre demeurant à Jérusalem ? » (Cf. les témoins des Pères de l’Église dans l’article : « “Le disciple que Jésus aimait”, “Jean l’apôtre” et “Jean l’évangéliste” dans les traditions des IIè-IVè siècles »).

Dans l’article en 1963, Boismard, « Les traditions johanniques », 42, identifie le disciple anonyme en 1,37 avec Philippe mentionné en 1,43-44 : « L’hypothèse d’une origine rédactionnelle du v. 43 ne doit pas être exclue, ce qui rendrait évidemment plus facile l’identification du deuxième disciple de 1, 35 ss avec Philippe. » En rejoignant l’hypothèse de Boismard, Colson, L’énigme du disciple, 14, écrit : « On comprend mal comment Jésus invite brutalement Philippe à le suivre sans préavis, sans l’avoir jamais rencontré. Par contre le passage est tout à fait cohérent si on le comprend comme suit : Deux disciples de Jean-Baptiste suivent Jésus et passent la journée avec lui. L’un d’eux, André, d’abord rencontre son frère Simon et l’amène à Jésus. Le lendemain, Jésus, décidant de partir pour Galilée et rencontrant en la personne de Philippe l’autre disciple qui, avec André, est venu le trouver l’avant-veille ou quelques jours auparavant, l’invite à se joindre à lui avec André et Pierre pour gagner Galilée, puisqu’il est tout comme  ceux-ci de Bethsaïde. »

Selon nous, le contexte 1,35-40 ne permet pas d’identifier le disciple innommé avec le disciple que Jésus aimait, ni avec Jean l’apôtre, ni avec Philippe. Nous respectons le texte en gardant l’anonymat de ce disciple. Nous pensons que cet anonymat possède une valeur symbolique pour le lecteur. Le parcours de ce disciple anonyme invite le lecteur à « écouter » le témoignage sur Jésus, puis à le « suivre », à « venir » à lui et à « demeurer » avec lui (1,36-39). Notons que le lieu où Jésus demeure n’est pas mentionné dans le récit. Le lecteur peut donc suivre Jésus et demeurer avec lui n’importe où il se trouve. Il y a aussi les autres types d’appels (Simon-Pierre, Philippe, Nathanaël) comme de modèles pour devenir disciple de Jésus (cf. article « Jn 1,35-51 : Les premiers disciples de Jésus »).

     2. « Un autre disciple » en Jn 18,15-16

Après que Jésus fut arrêté par la cohorte et les gardes des Juifs (18,12), ces derniers le menèrent chez Anne, le beau-père de Caïphe (18,13). Le narrateur raconte cette scène en 18,15-16 : « 15  Or Simon-Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple. Ce disciple était connu du grand prêtre et entra avec Jésus dans la cour du grand prêtre, 16 tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors. L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre. » Dans ce texte, « l’autre disciple » a fait un aller-retour dans la cour de la résidence du grand prêtre Anne. D’abord il est avec Pierre (18,15), ensuite il entre seul dans la cour avec Jésus tandis que Pierre est resté dehors, et enfin l’autre disciple sort et fait entrer Pierre dans la cour (18,16). L’aller-retour de cet « autre disciple » met en relief sa relation avec le grand prêtre. Deux fois dans le texte, ce disciple est défini comme celui qui « était connu du grand prêtre » (18,15.16).

En s’appuyant sur le fait que l’appellation « autre disciple » en 18,15-16 est aussi utilisée pour désigner « le disciple que Jésus aimait » en 20,2-8, certains auteurs identifient cet autre disciple avec le disciple que Jésus aimait. Hengel, The Johannine Question, 78-79, remarque : « Déjà dans l'exégèse des Pères grecs, il est presque tenu pour acquis que cet ‘autre disciple’ est identifié au disciple bien-aimé (ou Jean), et à un stade très précoce, un article est ajouté à l’indéterminé ‘allos mathētēs’ [autre disciple] pour le clarifier (cf. 20,2-8). Que ce soit le disciple bien-aimé ou non est encore un sujet de débat, mais une grande majorité des exégètes, en commençant par les Pères de l'Église, à juste titre, ont tendance à faire cette identification. » (“Already in the exegesis of the Greek Fathers it is almost taken for granted that this ‘other disciple’ is identical to the beloved disciple (or John), and at a very early stage the article is added to the indeterminate ‘allos mathētēs’ to clarify it (cf. 20.2-8). Whether this is the beloved disciple or not is still a matter of dispute, but the overwhelming majority of exegetes, beginning with the church fathers, rightly tend to make the identification”).

Colson, L’énigme du disciple, 110, identifie « l’autre disciple » en 18,15 avec « le disciple que Jésus aimait » : « Il [le disciple que Jésus aimait] était connu du Grand-Prêtre et ayant chez lui ses entrées (Jn., 18, 15 ss). (…), et introduit celui-ci [Simon-Pierre] chez le Grand-Prêtre. » La même interprétation se trouve chez Winandy, « Le disciple », 71 : « Il y a tout lieu de croire que c’est encore de lui [le disciple que Jésus aimait] qu’il est question là où il est dit (18,15-16) qu’un autre disciple, connu du grand prêtre, entra avec Jésus prisonnier dans la cour du palais pontifical et y introduisit Simon-Pierre. »

Cependant, on ne sait pas comment harmoniser entre « le disciple que Jésus aimait » qui est présent au dernier repas à côté de Jésus, et « le disciple » qui est connu du grand prêtre et qui a ses entrées libres dans la résidence de ce dernier ? Schnackenburg*, III, 386, voit dans cet « autre disciple » (18,15) un habitant de Jérusalem comme Nicodème ou Joseph d’Arimathie : « Certes, la lecture (correcte) sans article défini : un “autre disciple” peut également renvoyer à un homme par ailleurs inconnu. Parce que l’évangéliste mentionne ailleurs expressément le disciple bien-aimé (19,26) ou renvoie à lui (20,2, ‘l’autre disciple, celui que Jésus aimait’), cela est encore plus probable. Tout de même, nous faisons ici la connaissance d’un autre homme de Jérusalem, une relation du grand prêtre, il doit appartenir aux disciples de Jésus. Avec lui, Nicodème, Joseph d'Arimathie, les disciples sommairement mentionnés en Judée-Jérusalem (7,3), Lazare et ses sœurs à Béthanie, il en résulte ainsi un cercle non négligeable de gens qui viennent dans le cadre des disciples de Jésus dans et près de la capitale. »

(“The (correct) reading without an article ‘another disciple’ can, admittedly, also point to an otherwise unknown man. Since the evangelist elsewhere expressly mentions the beloved disciple (19:26) or refers back to him (20:2, ‘the other disciple, the one whom Jesus loved’), this is even more probable. All the same, we thus get to know another man from Jerusalem, an acquaintance of the high priest, who has to belong to the followers of Jesus. With him and Nicodemus, Joseph of Arimathaea, the summarily mentioned disciples in Judea-Jerusalem (7:3), Lazarus and his sisters in Bethany, there thus results a not inconsiderable circle of people who come within the scope of followers of Jesus in and near the capital”).

Nous sommes d’accord avec l’interprétation de Schnackenburg*, III, 386. Le contexte de 18,15-16 ne nous permet pas d’identifier cet « autre disciple » avec « le disciple que Jésus aimait ». Il s’agit d’un disciple innommé qui « était connu du grand prêtre » (18,15.16). Il vaut mieux garder l’anonymat de ce disciple.

     3. L’un des deux disciples anonymes en Jn 21,2

Nous avons étudié la liste des disciples en 21,2, en particulier deux expressions : « les fils de Zébédée » et « deux autres de ses disciples (alloi ek tôn mathètôn autou duo) » (cf. le point « 1. Les fils de Zébédée en Jn 21,2 »). Selon notre interprétation, le disciple que Jésus aimait est l’un des « deux autres disciples » innommés en 21,2. Dans ce cas, il reste encore un autre disciple anonyme. Nous ne savons pas si ce disciple innommé en 21,2 est le disciple anonyme en 1,37-39. En tout cas, celui qui apparaît en 21,2 a le titre de « disciple » (mathètès) de Jésus, tandis qu’en 1,37-39, le titre « disciple de Jésus » n’est pas encore utilisé. Deux fois le terme « mathètès (disciple) » dans ch. 1 (1,35.37) désigne les deux disciples de Jean Baptiste et non pas disciples de Jésus.

     4. Le disciple que Jésus aimait

« Le disciple que Jésus aimait » lui-même est aussi un disciple anonyme, parce qu’on ne connaît  même pas son nom propre. Dans le quatrième Évangile, l’appellation : « le disciple que Jésus aimait (hon ègapa ho Ièsous) » apparaît en 5 occurrences dans lesquelles le verbe « agapaô » (aimer) figure en quatre occurrences (13,23 ; 19,26 ; 21,7.20), et le verbe « phileô » (aimer d’amitié) est utilisé 1 fois en 20,2 dans l’expression : « l’autre disciple, celui que Jésus aimait (ton allon mathètèn hon ephilei ho Ièsous) ». Dans quatre circonstances (13,21-26 ; 20,2-8 ; 21,1-14 ; 21,18-24), ce disciple est présent avec Pierre. Au pied de la croix, le seul disciple que Jésus aimait est présent à côté de la mère de Jésus et quelques autres femmes (19,26). Dans les contextes des récits concernant ce disciple, il est mentionné simplement comme « le disciple (ho mathètès) » en 19,27 ; 21,23.24, soit « l’autre disciple (ho allos mathètès) » en 20,2.3.4.8 par rapport à Simon-Pierre.

On l’appelle souvent « le disciple bien-aimé » (the Beloved Disciple) mais cette appellation ne figure pas dans les récits. Nous utilisons l’appellation du texte : « le disciple que Jésus aimait » puisqu’elle met en relief l’amour de Jésus pour ce disciple. Cet amour devient son « nom » et son identité. Le disciple que Jésus aimait apparaît dans le quatrième Évangile à partir du ch. 13. Il joue un rôle important dans les six circonstances suivantes :

(1) Au repas d’adieu (13,21-26)
(2) Au pied de la croix (19,25-27)
(3) La mort de Jésus, le coup de lance et son témoignage (19,31-37), voir l’article : « Jn 19,35; 21,24. Le témoignage du disciple que Jésus aimait dans l’Évangile de Jean » du 7 juillet 2014.
(4) Devant le tombeau vide (20,2-8)
(5) La pêche abondante dans la mer de Tibériade (21,6-7)
(6) Son destin, son témoignage et son écriture (21,18-24), voir l’article : « Jn 21,20-25. Le destin, les écrits et le témoignage du disciple que Jésus aimait » du 30 juin 2014.

Le disciple que Jésus aimait a une place particulièrement importante dans le quatrième Évangile. Nous consacrerons un article pour étudier son rôle, sa relation avec Jésus et la portée symbolique de ce personnage.

IV. Conclusion

Dans un premier temps, nous avons consacré nos études à montrer que le texte des quatre Évangiles ne nous permet pas d’identifier « le disciple que Jésus aimait » avec « Jean l’apôtre, le fils de Zébédée », et dans un deuxième temps, nous avons distingué les disciples anonymes dans le quatrième Évangile. Le contexte littéraire de cet Évangile ne permet pas d’identifier « le disciple innommé » en 1,37-39, ni « un autre disciple » en 18,15-16 avec « le disciple que Jésus aimait » qui est lui-même un disciple anonyme. Nous distinguons donc quatre disciples anonymes : (1) l’un des deux premiers disciples de Jésus en 1,37-39 ; (2) un autre disciple qui connaît le grand prêtre en 18,15-16 ; (3) l’un des deux disciples innommés en 21,2 ; (4) le disciple que Jésus aimait.

Dans l’article suivant, nous continuerons notre étude sur « le disciple que Jésus aimait » en analysant les tentatives de donner un nom à ce disciple et les interprétations historiques et littéraires de ce personnage qui est à la fois mystérieux, impressionnant et signifiant du quatrième Évangile./.


      Bibliographie
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Boismard M.-É., Le martyre de Jean l’apôtre, (CRB 35), Paris 1966.
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Colson J., L’énigme du disciple que Jésus aimait, (Théologie historique 10), Paris 1969.
Cothenet É., « Le quatrième évangile », dans M.-É. Boismard ; É. Cothenet, La tradition johannique, vol. 4, (Introduction à la Bible, éd. nouv., t. III: Introduction critique au Nouveau Testament, A. George; P. Grelot, dir.), Paris 1977, p. 95-292.
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Hengel M., The Johannine Question, Londres – Philadelphia 1989.
Lagrange M.-J., Évangile selon saint Jean (EtB), Paris 1947, 8e éd.
Léon-Dufour X., Lecture de l’Évangile selon Jean (Parole de Dieu), 4 vol., Paris 1988-1996.
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Schnackenburg R., “Excursus eighteen: The Disciple whom Jesus Loved”, in Id.,  The Gospel According to St. John, Commentary on Chapters 13 – 21, vol. III, (HTC.NT), London – Tunbridge (1975), 1982, p. 375-388.
Schnackenburg R., The Gospel According to St. John (trad.), 3 vol., New York - Londres 1982 et 1987.
Winandy J., « Le disciple que Jésus aimait: pour une vision élargie du problème », RB  105/1, 1998, 70-75.
Abréviation, voir ici

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