16 juin 2014

“Le témoignage” (marturia) et “témoigner” (martureô) dans l’Évangile de Jean



L’article en vietnamien:

Email: josleminhthong@gmail.com
Le 16 Juin 2014.

Contenu

I. Le nom “témoignage” (marturia)
   1. Le témoignage de Jean Baptiste (1,7.19; cf. 5,36)
   2. Le témoignage de Jésus
   3. Les témoignages dans la péricope 5,31-39
       a) Le témoignage de Jésus (5,31)
       b) Le témoignage du Père (5,32 // 5,37)
       c) Le témoignage de l’homme (5,34)
       d) Le témoignage des œuvres de Jésus (5,36)
       e) Les témoignages des Écritures (5,39)
   4. Le témoignage de Jésus et du Père (8,13.17-18)
      a) Le témoignage que Jésus se rend à lui-même (8,13-14)
      b) Le témoignage de deux personnes: Jésus et le Père (8,17-18)
   5. Le témoignage du disciple que Jésus aimait (19,35; 21,24)
      a) Le témoignage au pied de la croix (19,35)
      b) Le témoignage par les écrits (21,24)
II. Le verbe “témoigner” (martureô)
   1. Qui témoigne? (30 fois)
   2. Quels faits témoignent? (3 fois)
III. Conclusion

I. Le nom “témoignage” (marturia)

Le nom “témoignage” (marturia) apparaît en 14 occurrences dans l’Évangile de Jean en 1,7.19; 3,11.32.33; 5,31.32.34.36; 8,13.14.17; 19,35; 21,24. Ce thème sera présenté en cinq points: (1) Le témoignage de Jean Baptiste (1,7.19; cf. 5,36), (2) Le témoignage de Jésus, (3) Le témoignage dans la péricope 5,31-39, (4) Le témoignage de Jésus et du Père (8,13.17-18), (5) Le témoignage du disciple que Jésus aimait (19,35; 21,24).

   1. Le témoignage de Jean Baptiste (1,7.19; cf. 5,36)

Le témoignage de Jean Baptiste est mentionné deux fois en 1,7.19. L’évangéliste introduit solennellement le rôle de témoin de Jean Baptiste dans le prologue en 1,6-8: “6 Il y eut un homme envoyé de Dieu. Son nom était Jean. 7 Il vint pour témoigner, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. 8 Celui-là n’était pas la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.” L’expression “Il vint pour témoigner” (1,7a) en grec: “houtos êlthen eis marturian” veut dire “Il vient en témoignage”, “Il vient pour servir de témoin”, (“he came for testimony”). Le texte grec de 1,7a utilise le nom “marturia” (témoignage) et non pas le verbe “martureô” (témoigner).

Le Prologue se termine en 1,18, puis le témoignage de Jean Baptiste débute en 1,19 comme suit: “Et voici quel fut le témoignage de Jean…” (1,19a). Jésus parlera du  témoignage de Jean Baptiste aux Juifs en 5,33-36.

   2. Le témoignage de Jésus

Le témoignage de Jésus est mentionné en 3,11. Il dit à Nicodème: “En vérité, en vérité, je te le dis, nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu; mais vous n’accueillez pas notre témoignage” (3,11). Le verbe “attester” dans ce verset est le verbe “martureô” (témoigner) en grec. Ainsi en 3,11, il existe 1 fois le verbe “martureô” en 3,11b et 1 fois le nom “marturia” (témoignage) en 3,11c. Ce qui est étonnant c’est que Jésus parle à Nicodème en utilisant le pronom personnel au pluriel “nous”: “Nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu” (3,11b). On peut comprendre que Jésus parle à la place de la communauté des disciples. C’est-à-dire que Jésus confirme le témoignage de la communauté johannique.

Dans le contexte du ch. 3, la péricope 3,31-36 présente le témoignage de Jean Baptiste sur l’identité de Jésus. Le terme “marturia” (témoignage) apparaît en 3,32.33. Jean Baptiste rend témoignage à Jésus en 3,31-33: “31 Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous; celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre. Celui qui vient du ciel 32  témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille. 33  Qui accueille son témoignage certifie que Dieu est véridique.” Le témoignage de Jésus apparaît 2 fois en 3,32.33 dans l’expression “son témoignage”.

   3. Les témoignages dans la péricope 5,31-39

Dans son monologue devant les Juifs (5,19-47), Jésus parle d’une série de témoignages en 5,31-39. D’abord c’est le témoignage de Jésus lui-même (5,31). Ensuite c’est le témoignage du Père (5,32 // 5,37). Puis Jésus rappelle le témoignage de Jean Baptiste en 5,33-36 et Jésus parle d’un témoignage plus grand que celui de Jean Baptiste: les œuvres que Jésus a faites (5,36). Enfin, ce sont les témoignages des Écritures (5,39), pour ces témoignages, Jésus n’utilise pas le nom “marturia” mais le verbe “martureô” conjugué au participe pluriel avec l’article: “hai marturousai” qui a la valeur d’un nom. La partie suivante présentera en détail tous ces témoignages.

       a) Le témoignage de Jésus (5,31)

Les références ci-dessous (5,31-39) se trouvent dans le monologue de Jésus en 5,19-47 dans lequel Jésus s’adresse aux Juifs dans le cadre de débats parce que les Juifs sont en train de chercher à tuer Jésus (5,18a). Le narrateur rapporte leur comportement en 5,18: “Ainsi les Juifs n’en cherchaient que davantage à le [Jésus] tuer, puisque, non content de violer le sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu.” Le terme “aussi” au début de cette phrase exprime la conséquence de ce que Jésus vient de dire en 5,17: “Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi.” C’est dans ce contexte que Jésus dit aux Juifs en 5,31: “Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas valable.

       b) Le témoignage du Père (5,32 // 5,37)

Jésus continue son monologue en 5,32: “Un autre témoigne de moi, et je sais qu’il est valable le témoignage qu’il me rend.” Le témoignage d’un autre dans ce verset est celui du Père, Jésus le précise aux Juifs en 5,37-38: “37 Et le Père qui m’a envoyé, lui, m’a rendu témoignage. Vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez jamais vu sa face, 38 et sa parole, vous ne l’avez pas à demeure en vous, puisque vous ne croyez pas celui qu’il a envoyé.

       c) Le témoignage de l’homme (5,34)

En 5,33-35, Jésus rappelle le témoignage de Jean Baptiste, dans lequel il parle du témoignage d’un homme. Il dit aux Juifs en 5,33-35: “33 Vous avez envoyé trouver Jean et il a rendu témoignage à la vérité. 34 Quant à moi, ce n’est pas d’un homme que je reçois le témoignage; mais je dis cela pour que vous, vous soyez sauvés. 35 Celui-là était la lampe qui brûle et qui luit, et vous avez voulu vous réjouir une heure à sa lumière.” Ce n’est pas auprès de l’homme (para anthrôpou) que Jésus reçoit le témoignage.

       d) Le témoignage des œuvres de Jésus (5,36)

Jésus dit en 5,36: “Mais j’ai plus grand que le témoignage de Jean: en effet, les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, les œuvres mêmes que je fais, témoignent à mon sujet que le Père m’envoie.” Les œuvres que Jésus a faites sont des témoignages plus grands que ceux de Jean Baptiste. Le contenu de ces témoignages est une confirmation que le Père a envoyé Jésus dans le monde pour le sauver (3,16-17).

       e) Les témoignages des Écritures (5,39)

Jésus dit aux Juifs en 5,39-40: “39 Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage, 40 et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie!La traduction littérale de 5,39b est: “Elles [les Écritures] sont les témoins à moi (ekeinai eisin hai marturousai peri emou).” Le terme “les témoins” (hai marturousai) ici est le verbe “martureô” (témoigner) conjugué au participe pluriel avec l’article: “hai marturousai” qui a la valeur d’un nom: “les témoins”, ce sont les personnes ou les choses qui rendent témoignage.

   4. Le témoignage de Jésus et du Père (8,13.17-18)

Dans la discussion avec les pharisiens en 8,13-18, Jésus parle de deux témoignages: (a) Le témoignage de Jésus à lui-même (8,13-14) et (b) Le témoignage de deux personnes: Jésus et le Père (8,17-18).

      a) Le témoignage que Jésus se rend à lui-même (8,13-14)

Le narrateur relate la discussion entre Jésus et les pharisiens en 8,13-14: “13 Les Pharisiens lui dirent alors: ‘Tu te rends témoignage à toi-même; ton témoignage n’est pas valable.’ 14 Jésus leur répondit: ‘Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d’où je suis venu et où je vais; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens ni où je vais.’” Auparavant, dans le contexte d’une série de témoignages en 5,31-39, Jésus a dit aux Juifs en 5,31: “Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas valable.” Ici, en 8,13, les pharisiens interrogent Jésus en reprenant la même parole de Jésus en 5,31.

Il convient de noter qu’en 8,14, Jésus a dit le contraire de ce qu’il a dit en 5,31 quand il répond aux Pharisiens en 8,14a: “Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d’où je suis venu et où je vais.” La raison pour laquelle le témoignage de Jésus est valable est que Jésus sait d’où il est venu et où il va (8,14a), tandis que les Pharisiens ne le savent pas (8,14b). C’est pour cela que les Pharisiens jugent selon la chair (8,15a), tandis que pour Jésus, son jugement est selon la vérité (8,16a).

      b) Le témoignage de deux personnes: Jésus et le Père (8,17-18)

Jésus dit aux pharisiens en 8,17-18: “17 Et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. 18 Moi, Je suis mon propre témoin, Témoigne aussi à mon sujet le Père qui m’a envoyé.” Le témoignage de Jésus est valable (8,14a), il peut donc témoigner à lui-même, le deuxième témoin est son Père.

   5. Le témoignage du disciple que Jésus aimait (19,35; 21,24)

Le disciple que Jésus aimait témoigne en deux endroits dans l’Évangile de Jean: (a) Le premier est le témoignage au pied de la croix (19,35) et (b) Le second est le témoignage par les écrits (21,24).

      a) Le témoignage au pied de la croix (19,35)

Dans l’Évangile de Jean, le disciple que Jésus aimait est présent au pied de la croix, il a vu tout ce qui s’est passé quand Jésus était mort sur la croix. Le but de ce témoignage est la foi des lecteurs comme le narrateur le dit en 19,35: “Celui qui a vu [le disciple que Jésus aimait] rend témoignage – son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai – pour que vous aussi vous croyiez.

      b) Le témoignage par les écrits (21,24)

L’Évangile de Jean se termine par le témoignage du disciple que Jésus aimait (21,24). C’est un témoignage par ses écrits dans l’Évangile. Le rédacteur le dit en 21,24: “C’est ce disciple [le disciple que Jésus aimait] qui témoigne de ces faits et qui les a écrits, et nous savons que son témoignage est véridique.” Dans ce verset, le rédacteur confirme l’authenticité du témoignage de ce disciple avec deux éléments: (1) Le disciple que Jésus aimait témoigne de ces choses rapportées dans l’Évangile (21,24a); et (2) Ce disciple l’a écrit, ce qui signifie qu’il a laissé ses écrits dans l’Évangile.

En bref, le nom “témoignage” (marturia) est employé 14 fois pour présenter sept témoignages:
(1) Le témoignage de Jean Baptiste (2 fois: 1,7.19)
(2) Le témoignage de Jésus (6 fois: 3,11.32.33; 5.31; 8,13.14)
(3) Le témoignage du Père (1 fois: 5,32)
(4) Le témoignage de l’homme (1 fois: 5,34)
(5) Le témoignage des œuvres  de Jésus (1 fois: 5,36)
(6) Le témoignage de deux personnes: Jésus et le Père (1 fois: 8,17)
(7) Le témoignage du disciple que Jésus aimait (2 fois: 19,35; 21,24).

Pour le cas “les témoignages des Écritures” en 5,39, le terme “témoignage” n’est pas le nom “marturia” en grec mais c’est le verbe “martureô” conjugué au participe pluriel qui a la valeur d’un nom. Le thème “témoignage” est complété par l’utilisation du verbe “témoigner” (martureô).

II. Le verbe “témoigner” (martureô)

Le verbe “témoigner” (martureô) apparaît en 33 occurrences dans l’Évangile de Jean lesquelles sont distribuées comme suit:

Ch. 1–4 (12 fois):
              1,7.8.15.32.34; 2,25; 3,11.26.28.32; 4,39.44.
Ch. 5–8 (12 fois):
              5,31.32a.32b.33.36.37.39; 7,7; 8,13.14.18a.18b.
Ch. 9–12 (2 fois): 10,25; 12,17.
Ch. 13–17 (3 fois): 13,21; 15,26.27.
Ch. 18–21 (4 fois): 18,23.37; 19,35; 21,24.

De ces 33 fois, il y a 30 fois dont le sujet du verbe “témoigner” est un être animé (voir “Qui témoigne?” ci-dessous), et 3 fois où le sujet du verbe est un objet inanimé (voir “Quels faits témoignent?” ci-dessous). La partie suivante présente le sujet de ce verbe en répondant à deux questions: (1) Qui témoigne? et (2) Quels faits témoignent?

   1. Qui témoigne? (30 fois)

L’usage du verbe “témoigner” (martureô) complète le thème “témoignage” présenté plus haut et il nomme les nouveaux témoins: celui de l’homme, des disciples de Jean Baptiste, du Paraclet, etc... Il existe 11 personnages qui sont le sujet du verbe “témoigner” (martureô):

(1) Jean Baptiste (7 fois): 1,7.8.15.32.34; 3,26; 5,33.
(2) L’homme (1 fois): 2,25.
(3) Jésus (10 fois):
      3,11.32; 4,44; 5,31; 7,7; 8,13.14.18a; 13,21; 18,37.
(4) Les disciples de Jean Baptiste (1 fois): 3,28.
(5) La femme de Samarie (1 fois): 4,39.
(6) Le Père (4 fois): 5.32a.32b.37; 8,18b.
(7) La foule (1 fois): 12,17.
(8) Le Paraclet – l’Esprit de vérité (1 fois): 15,26.
(9) Les disciples de Jésus (1 fois): 15,27.
(10) L’un des gardes du grand prêtre (1 fois): 18.23.
(11) Le disciple que Jésus aimait (2 fois): 19,35; 21,24.

   2. Quels faits témoignent? (3 fois)

Jésus parle de deux choses qui témoignent en sa faveur:
(1) Les Écritures (1 fois): 5,39.
(2) Les œuvres de Jésus (2 fois): 5,36; 10,25.

III. Conclusion

Ces observations sur l’usage du nom “témoignage” (marturia) et du verbe “témoigner” (martureô) montrent l’importance de ce thème dans l’Évangile de Jean. La plupart des occurrences de ces deux termes se concentrent sur “le témoignage de Jésus” et “le témoignage à Jésus”. Les trois grands sujets de ce thème: (1) “Le témoignage” et “témoigner” de Jean Baptiste, (2) “Le témoignage” et “témoigner” de Jésus et du Père, (3) “Le témoignage” et “témoigner” du disciple que Jésus aimait, seront traités dans les autres articles./.


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