29 juin 2014

Jn 21,20-25. Le destin, les écrits et le témoignage du disciple que Jésus aimait



L’article en vietnamien et en anglais:

Email: josleminhthong@gmail.com
Le 30 Juin 2014.

Contenu

I. Le texte de Jn 21,20-25
II. Le contexte et la structure de Jn 21
III. L’analyse
    1. Le disciple que Jésus aimait
    2. La volonté de Jésus pour le disciple qu’il aimait
    3. Les écrits et le témoignage du disciple que Jésus aimait
IV. Conclusion


I. Le texte de Jn 21,20-25

Le texte de Jn 21,20-25 ci-dessous est pris dans la Bible de Jérusalem, 2000.

« 20  Se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait, celui-là même qui, durant le repas, s’était penché sur sa poitrine et avait dit: “Seigneur, qui est-ce qui te livre?” 21 Le voyant donc, Pierre dit à Jésus: “Seigneur, et lui?” 22 Jésus lui dit: “Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi.” 23 Le bruit se répandit alors chez les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or Jésus n’avait pas dit à Pierre: “Il ne mourra pas”, mais: “Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne.” »

« 24 C’est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits, et nous savons que son témoignage est véridique. 25  Il y a encore bien d’autres choses qu’a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait. »

II. Le contexte et la structure de Jn 21

Le ch. 21 est considéré comme un ajout par le rédacteur de l’Évangile. Il inclut la deuxième conclusion en 21,24-25, tandis que la première conclusion apparaît déjà à la fin du ch. 20 (20,30-31). Ch. 21 présente la relation entre Jésus et les deux grandes figures de la communauté johannique: Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait. Ce dernier chapitre est structuré en quatre unités:

(1) 21,1-14. Jésus ressuscité apparaît à ses disciples sur le bord de la mer de Tibériade. Les principaux personnages du récit sont Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait. Ces personnages seront présentés dans les unités suivantes.

(2) 21,15-19. Par trois fois, Jésus questionne Simon-Pierre sur son amour pour lui, et par trois fois, Jésus confie à Simon-Pierre la tâche de s’occouper de ses brebis (21,15-17). Ensuite Jésus prédit la mort de Pierre pour glorifier Dieu (21,18-19). Mais pour l’instant, Jésus l’invite à le suivre (21,19; cf. 21,22).

(3) 21,20-23. Jésus exprime sa volonté sur le destin du disciple qu’il aimait. Jésus dit à Pierre en 21,22: “Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi.” Le narrateur redit cette parole en 21,23b pour attirer l’attention du lecteur parce que certains ont mal interprété cette parole de Jésus (21,22). Quant au disciple que Jésus aimait, comme Pierre il va suivre Jésus (21,20).

(4) 21,24-25. Le rédacteur écrit la deuxième conclusion en s’appuyant sur les écrits et le témoignage du disciple que Jésus aimait.

III. L’analyse

Nous analysons le personnage désigné comme le disciple que Jésus aimait dans les deux dernières unités (21,20-23 et 21,24-25) en trois points: (1) Le disciple que Jésus aimait, (2) La volonté de Jésus pour ce disciple, (3) Les écrits et le témoignage du disciple que Jésus aimait.

    1. Le disciple que Jésus aimait

Le verbe “suivre” (akoloutheô) relie le destin de Simon-Pierre et celui du disciple que Jésus aimait. À la fin de la seconde unité (21,15-19), Jésus dit à Pierre: “Suis-moi” (21,19b). Au début de la troisième unité (21,20-23), le disciple que Jésus aimait est aussi dans la position de suivre Jésus. Le narrateur raconte en 21,20a: “Se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait.” En 21,22b, Jésus demande à Pierre de nouveau: “Suis-moi.” En insistant sur l’action de “suivre Jésus” c’est-à-dire de “devenir son disciple”, le récit montre que “suivre Jésus” est une caractéristique d’un vrai disciple, qu’il soit le chef des disciples (Simon-Pierre), ou l’intime de Jésus (le disciple que Jésus aimait). Chaque disciple est invité à suivre Jésus en toutes circonstances, même s’il risque d’être persécuté comme Simon-Pierre ou s’il témoigne de Jésus comme le disciple que Jésus aimait.

Le disciple que Jésus aimait en 21,20-23 est identifié par référence au récit de 13,21-31: Jésus désigne celui qui va le livrer. En 21,20, le narrateur rappelle deux détails: (1) Le premier est la place privilégiée de ce disciple à côté de Jésus: “Celui-là même (le disciple que Jésus aimait) qui, durant le repas, s’était penché sur sa poitrine (de Jésus)” (21,20b) // 13,23. (2) Le second détail est la question posée par ce disciple à Jésus: “Seigneur, qui est-ce qui te livre?” (21,20c) // 13,24b. Dans la péricope 13,21-32, le narrateur relate ces deux détails en 13,23-26: “23 Un de ses disciples était installé tout contre Jésus: celui que Jésus aimait. 24 Simon-Pierre lui fait signe et lui dit: ‘Demande quel est celui dont il parle.’ 25 Celui-ci, se penchant alors vers la poitrine de Jésus, lui dit: ‘Seigneur, qui est-ce?’ 26 Jésus répond: ‘C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper.’ Trempant alors la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote.

Les deux détails concernant le disciple que Jésus aimait en 21,20 révèlent son rôle important au sein du groupe des disciples ainsi que dans la communauté johannique. Ce disciple a une place tout contre Jésus durant le repas (13,23); il se tient sous la croix de Jésus (19,25); devant le tombeau vide, il est le premier des disciples qui “vit et crut” (20,8); il est le premier des disciples qui reconnaît Jésus quand ce dernier apparaît sur le bord de la mer de Tibériade (21,7). Il est évident que la qualité de la relation entre Jésus et le disciple que Jésus aimait est particulière par rapport à celle de Simon-Pierre. Cependant ce disciple n’est pas en concurrence avec Simon-Pierre. Chacun d’eux garde sa place et son rôle spécifique dans la communauté des disciples.

En 21,15-19, Jésus établit fermement Simon-Pierre comme disciple (suivre Jésus) et pasteur (faire paître les brebis de Jésus). Simon-Pierre est présenté comme le chef du groupe des disciples. Cependant dans la communauté johannique, il y a beaucoup de questions au sujet de la mystérieuse figure du disciple que Jésus aimait. La question de Simon-Pierre posée à Jésus: “Seigneur, et lui?” (21,21b) est aussi celle de la communauté johannique. Néanmoins, la réponse de Jésus à Simon-Pierre est surprenante et mystérieuse: “Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi” (21,22).

    2. La volonté de Jésus pour le disciple que Jésus aimait

La volonté de Jésus est exprimée par lui-même en 21,22 et cette volonté est répétée par le narrateur en 21,23. Ce que Jésus dit à Simon-Pierre du disciple que Jésus aimait en 21,22: “Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe?” est mal interprété dans le sens que ce disciple ne mourrait pas avant le retour de Jésus. Ainsi la remarque du narrateur: “le bruit se répandit alors chez les frères que ce disciple ne mourrait pas” (21,23a) doit être corrigée. Le narrateur précise en 21,23b: “Or Jésus n’avait pas dit à Pierre: ‘Il ne mourra pas’, mais: ‘Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne.’
  
Le destin de Pierre est clairement annoncé en 21,18-19, tandis que le destin du disciple que Jésus aimait n’est pas clair, son destin dépend de la volonté de Jésus: “Si je veux que…”  (21,22a) et non pas de la volonté de la communauté. Les membres de la communauté johannique voudraient que le disciple que Jésus aimait vive avec eux aussi longtemps que possible, car ce disciple est une figure de proue de la communauté johannique. Ce souhait de la communauté a été fondé sur une fausse compréhension de la volonté de Jésus (21,22).

Le lecteur peut comprendre mieux la situation par l’explication de F. J. Moloney: “Le disciple bien-aimé n’est plus en vie, et la communauté ne doit pas s’étonner de sa mort. Tout ce qui est arrivé au disciple bien-aimé n’est que l’accomplissement de la volonté de Jésus pour lui. Les deux, Pierre (cf. vv. 18-19) et le disciple bien-aimé (vv. 22-23) sont morts.” (F. J. MOLONEY, The Gospel of John, (SPS 4), Collegeville (MN), The Liturgical Press, 1998, p. 557). Ces deux figures importantes maintiennent des rôles différents dans la communauté des disciples: Pierre est établi pasteur et le disciple que Jésus aimait a laissé dans ses écrits son authentique témoignage à Jésus dans l’Évangile.

    3. Les écrits et le témoignage du disciple que Jésus aimait

Par les paroles que Jésus sur la croix adresse à sa mère et au disciple que Jésus aimait (19,26-27), ce disciple est considéré comme un des fondateurs de la communauté johannique. Le narrateur raconte en 19,25-27: “25 Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. 26 Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: ‘Femme, voici ton fils.’ 27 Puis il dit au disciple: ‘Voici ta mère.’ Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui.” Pour la communauté johannique, le disciple que Jésus aimait est présenté avec beaucoup de respect comme le fondateur de la communauté par la qualité de sa relation avec Jésus et l’authenticité de son témoignage. Ce disciple se tient sous la croix et il témoigne de ce qui s’est passé. Le narrateur souligne son témoignage en 19,35: “Celui qui (le disciple que Jésus aimait) a vu rend témoignage – son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai – pour que vous (le lecteur) aussi vous croyiez.

En 21,24, le rédacteur parle des écrits et du témoignage du disciple que Jésus aimait: “C’est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits, et nous savons que son témoignage est véridique.” La traduction littérale du verset 21,24a est: “C’est ce disciple qui témoigne de ces choses (toutôn), et qui a écrit ces choses (tauta).” La double expression “ces choses” (21,24a) se réfère au noyau essentiel du texte de l’Évangile.

Quand le rédacteur affirme: “Nous savons que son témoignage est véridique” (21,24b), il déclare au nom de l’école johannique que ce disciple “a écrit ces choses” (21,24a). Aujourd’hui, les auteurs admettent que le disciple que Jésus aimait n’a pas écrit l’ensemble de Jn 1–20 et la première conclusion en 20,30-31. L’état actuel du texte de l’Évangile dévoile que cet Évangile est composé en plusieurs étapes. On peut considérer que le noyau de cet Évangile est constitué par les écrits du disciple que Jésus aimait (21,24), qui est le chef de file de l’école johannique. Ensuite, un ou plusieurs membres de cette école, appelés l’évangéliste, a terminé la rédaction de l’Évangile (Jn 1–20) avec la première conclusion en 20,30-31. Enfin, un ou plusieurs rédacteurs qui est membre de l’école johannique, écrit Jn 21, puis diffuse l’Évangile sous la forme que nous lisons aujourd’hui. On peut résumer trois principales étapes dans la formation de l’Évangile de Jean: (1) Le disciple que Jésus aimait écrit le noyau de l’Évangile; (2) L’évangéliste compose la grande partie de Jn 1–20 avec la première conclusion en 20,30-31; (3) Le rédacteur écrit Jn 21 et donne la forme finale à l’Évangile d‘aujourd’hui.

IV. Conclusion

Le passage Jn 21,20-25 parle du mystérieux destin du disciple que Jésus aimait. Le rédacteur explique comment la communauté des disciples pourrait exister sans la présence physique de Jésus (cf. 20,29) et avec la mort des grandes figures de la communauté: Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait. À l’époque de la rédaction de l’Évangile, ces deux figures de proue étaient mortes. En fait, la communauté continue à exister et se développer, parce que le rôle de pasteur de Pierre se poursuit dans ses successeurs, et la figure du disciple que Jésus aimait demeure “vivante” jusqu’au retour de Jésus grâce à ses écrits et son témoignage dans l’Évangile.

Le disciple que Jésus aimait est une figure fondatrice de la communauté johannique et un disciple idéal. À traves les âges le lecteur est invité à suivre le modèle de ce disciple en ce qui concerne sa relation intime avec Jésus, sa qualité de foi et son authentique témoignage rendu à Jésus. En espérant que le lecteur réponde à cette invitation par l’étude et la méditation de l’Évangile de Jean./.


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