19 mai 2014

Croire (pisteuô) dans l’Évangile de Jean



L’article en vietnamien et en anglais:

Email: josleminhthong@gmail.com
Le 19 Mai 2014.

Contenu

Introduction
I. Les occurrences du verbe “pisteuô” (croire)
II. L’usage du verbe “pisteuô” (croire)
    1. En qui croit-on?
        a) Croire en Jésus
        b) Croire en Dieu
        c) Croire en Moïse
        d) Croire (se fier) à la foule
    2. Que croit-on?
        a) Neuf articles de foi des disciples
        b) Les autres usages du verbe “croire”
    3. “Croire” à l’état absolu, sans complément
III. Trois niveaux de “croire” en Jésus
    1. Ne pas croire réellement en Jésus (8,31)
    2. Ne pas encore croire réellement en Jésus (2,23-25)
    3. Croire réellement en Jésus
        a) Grâce aux signes de Jésus
        b) Grâce à la parole de Jésus
        c) Grâce à la parole des disciples
Conclusion



Introduction

Dans l’Évangile de Jean le verbe en grec “pisteuô” (croire) apparaît en 99 occurrences. Il existe 1 fois l’adjectif “pistos” (croyant) et 1 fois l’adjectif “apistos” (incroyant, incrédule)  en Jn 20,27. Jésus ressuscité dit à Thomas en 20,27: “Porte ton doigt ici: voici mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne sois plus incrédule (apistos), mais croyant (pistos).”

Le verbe “pisteuô” (croire) apparaissant 99 fois dans l’Évangile de Jean est un thème majeur de la théologie johannique. L’évangéliste met en relief l’action de croire en utilisant seulement le verbe “pisteuô”, tandis que le nom “pistis” (la foi) n’est pas utilisé dans cet Évangile. Pour étudier le verbe “pisteuô” (croire), cet article présentera trois points: (I) Les occurrences du verbe “pisteuô” (croire), (II) L’usage du verbe “pisteuô” (croire), (III) Trois niveaux de “croire” en Jésus.

I. Les occurrences du verbe “pisteuô” (croire)

Quelle est la distribution des 99 occurrences du verbe “pisteuô” (croire) dans l’Évangile de Jean? Si on divise l’Évangile en deux grandes parties: (1) Le Livre des Signes (Jn 1–12) et (2) Le Livre de la Gloire (Jn 13–21), on a plus de trois quarts d’occurrences de “pisteuô” dans le Livre des Signes. Concrètement, ce verbe est employé 77 fois en Jn 1–12 et 22 fois en Jn 13–21. Ainsi le thème “croire” se développe en majorité dans les douze premiers chapitres, puis il est réduit dans la deuxième partie de l’Évangile.

 Si l’on répartit l’Évangile en plusieurs parties avec une longueur d’environ quatre chapitres, on aperçoit la concentration du verbe “pisteuô” en Jn 9–12. En effet, le verbe “pisteuô” est employé 22 fois en Jn 1–4; 26 fois en Jn 5–8; 29 fois en Jn 9–12; 15 fois en Jn 13–17; 7 fois en Jn 18–21. Les chapitres qui possèdent les occurrences les plus nombreuses du verbe “pisteuô” en ordre décroissant sont: ch. 12 (10 fois); ch. 6 (9 fois); ch. 11 (9 fois); ch. 3 (8 fois); ch. 4 (7 fois); ch. 5 (7 fois); ch. 14 (7 fois); ch. 10 (6 fois); ch. 20 (6 fois). Ce verbe apparaît une seule fois dans deux chapitres: ch. 13; 19 (13,19; 19,35), et il n’apparaît pas dans trois chapitres: ch. 15; 18 et 21. Voir le classement détaillé des 99 occurrences du verbe “pisteuô” (croire) dans l’article: “pisteuô (croire), pistos (croyant) et apistos (incroyant) dans l’Évangile de Jean.”

Dans le Prologue de l’Évangile (1,1-18), le thème “croire” est présenté de manière solennelle et sans ambiguïté. Jean le Baptiste vient pour rendre témoignage à la lumière afin que tous croient par lui (1,7). Le croyant est défini en 1,12-13: “12 Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, 13 eux qui ne furent engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.(Les citations sont prises dans la Bible de Jérusalem, 2000). Dans la mission publique de Jésus (Jn 1–12), le narrateur développe le thème de “croire” à travers la révélation de Jésus et son enseignement lesquels sont adressés à la foule, aux disciples et aux adversaires de Jésus (les Pharisiens et les Juifs).   

Dans les discours d’adieu (ch. 13–17), Jésus parle de la foi des disciples, par exemple il les exhorte en 14,1: “Que votre cœur cesse de se troubler! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi.” Dans la première conclusion de l’Évangile, le thème de “croire” est indiqué comme le but du livre, ainsi conclut le narrateur en 20,30-31: “30 Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous [le lecteur] croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.” Ainsi, le verbe “croire” s’étend tout au long l’Évangile et l’objectif du livre est “pour que vous [le lecteur] croyiez” et “pour qu’en croyant vous ayez la vie” (20,31).

II. L’usage du verbe “pisteuô” (croire)

L’usage des 99 occurrences du verbe “croire” peut être classé en trois catégories principales: (1) En qui croit-on? (2) Que croit-on? (3) “Croire” à l’état absolu, sans complément.

    1. En qui croit-on?

Pour répondre à cette question, l’Évangile de Jean présente quatre personnages: (a) Croire en Jésus; (b) Croire en Dieu; (c) Croire en Moïse; et (d) Croire (se fier) à la foule.

        a) Croire en Jésus

La plupart des occurrences du verbe “croire” sont liées à “croire” ou à “ne pas croire” en Jésus. Il y a deux manières en grec pour exprimer l’idée “croire en quelqu’un”: (1) Le verbe “pisteuô” (croire) + la préposition “eis” (en) + un nom ou un pronom à l’accusatif, (2) Le verbe “pisteuô” (croire) + un nom ou un pronom au datif.     

(1) Voici quatre usages de “pisteuô + eis”:
    (a) Le premier usage est une affirmation ou une négation de la foi en Jésus. L’affirmation: “croire en Jésus” est utilisée 20 fois en 2,11; 3,15.16; 3,18a.36; 4,39; 6,29.35.40; 7,31.48; 8,30; 9,36; 10,42; 11,45.48; 12,11.42; 14,1a; 17,20. La négation “ne pas croire en Jésus” est employée 4 fois en 7,5; 12,37.44; 16,9.
    (b) Le deuxième usage renvoie indirectement à Jésus, cet usage apparaît en 2 occurrences: “Croire au Fils de l’homme” (9,35); “Croire en la lumière” (12,36).
    (c) Dans le troisième usage, le verbe “croire” est au participe + la préposition “eis” (en). Cet usage désignant “celui qui croit en Jésus”, apparaît en 7 occurrences en 7,38.39; 11,25.26a; 12,44.46; 14,12.
    (d) Le quatrième usage figurant dans l’expression: “Croire en son [Jésus] nom” (1,12; 2,23) ou “Croire au Nom du Fils Unique-Engendré de Dieu” (3,18c), apparaît en 3 occurrences en 1,12; 2,23; 3,18c.

En résumé, l’expression: “Croire (pisteuô + eis) en Jésus est employée 33 fois; et “Croire (pisteuô + eis) au nom de Jésus: 3 fois.

(2) L’emploi du verbe “pisteuô” (croire) + un nom ou un pronom au datif est moins utilisé que celui de pisteuô + eis”. L’expression affirmative: “croire en Jésus” (pisteuô + datif) est employée 4 fois en 4,21; 5,46b; 6,30; 8,31 et l’expression négative: “ne pas croire en Jésus” (pisteuô + datif) est employée 6 fois en 5,38; 8,45; 8,45.46; 10,37.38a. En bref l’usage “pisteuô + datif” apparaît en 10 occurrences sous deux formes: affirmative et négative. 

Avec les deux usages: “pisteuô + eis” et “pisteuô + datif”, le verbe “pisteuô” (croire) apparaît en 46 occurrences pour exprimer le thème de “croire” ou de “ne pas croire” en Jésus.   

        b) Croire en Dieu

Le thème de “croire en Dieu” apparaît seulement 2 fois dans ces deux usages: “pisteuô + eis” (14,1) et “pisteuô + datif” (5,24). Jésus dit à ses disciples en 14,1: “Que votre cœur cesse de se troubler! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi.” En 5,24a, Jésus s’adresse aux Juifs: “En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle.” Dans ce verset, Jésus appelle son Père: “Celui qui m’a envoyé.” Par sa présence et son activité dans le monde, Jésus réalise la mission confiée par Dieu (cf. 6,38).    

Bien que le thème de “croire en Dieu” n’apparaisse qu’en deux occurrences, ce thème est très important. Il figure dans ces deux remarques: (1) Jésus identifie “celui qui l’a envoyé” avec “Dieu”. “Croire en Dieu” (14,1a) est “croire à celui qui a envoyé Jésus” (5,24) dans le monde. (2) Dans les deux fois (5,24; 14,1), la foi en Dieu est liée étroitement à “écouter la parole de Jésus” (5,24) et à “croire en Jésus” (14,1). 

Ces deux remarques sont importantes dans la théologie johannique, parce qu’elles permettent de différencier “le disciple de Jésus” de “ses adversaires” (les Juifs et les Pharisiens). Dans un sens ces opposants croient en Dieu et revendiquent que Dieu est leur Père (8,41b). En effet, dans une controverse avec Jésus, les juifs lui disent en 8,41b: “Nous ne sommes pas nés de la prostitution; nous n’avons qu’un seul Père: Dieu.” Mais en réalité, les Juifs n’ont pas Dieu pour Père, puisque Jésus leur répond en 8,42: “Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens; je ne viens pas de moi-même; mais lui m’a envoyé.” Dans un autre sens ce qui fait la différence entre les disciples de Jésus et ses adversaires est la foi des disciples à la fois en Dieu et en Jésus. En effet “croire en Dieu” est inséparable de “croire en Jésus” (14,1b) et d’“écouter sa parole” (5,24). Ce n’est pas le cas des Juifs et des Pharisiens, ils ne croient pas en Jésus et n’écoutent pas sa parole.

Dans cette perspective, il existe une différence entre “le disciple de Jésus” et “le disciple de Moïse” en Jn 9. Le narrateur raconte en 9,28-29: “28 Ils [les Juifs et les Pharisiens] l’injurièrent [l’ancien aveugle-né] et lui dirent: ‘C’est toi qui es son disciple [de Jésus]; mais nous, c’est de Moïse que nous sommes disciples. 29 Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse; mais celui-là [Jésus], nous ne savons pas d’où il est.’” Les Juifs et les Pharisiens croient être disciples de Moïse et ne connaissent pas d’où Jésus est. Ils méprisent l’ancien aveugle-né en lui attribuant le terme: “le disciple de Jésus.”

        c) Croire en Moïse

Il existe une seule occurrence en 5,46 où Jésus parle de “croire en Moïse” sous forme de “pisteuô + datif”. Jésus interroge les Juifs en 5,46-47: “46 Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est de moi qu’il a écrit. 47 Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles?

        d) Croire (se fier) à la foule

L’expression “croire (se fier) à la foule” avec l’usage de “pisteuô + datif” appraît une seule fois en 2,24. Le narrateur relate en 2,23-24: “23 Comme il [Jésus] était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait. 24 Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous.”

En résumé, le thème de “en qui croit-on?” est présenté comme suit: “Croire en Jésus” (46 fois); “croire en Dieu” (2 fois: 14,1b; 5,24); “croire en Moïse” (1 fois: 5,46) et “Jésus ne se fie (croit) pas à la foule”  (1 fois: 2,24). 

    2. Que croit-on?

“Croire en Jésus” et “croire à ce que Jésus demande” est le contenu de la révélation dans l’Évangile de Jean. Répondre à la question “Que croit-on?” permet de saisir le contenu de la foi selon la théologie johannique. Les articles de foi sont représentés par deux expressions: (1) pisteuô hoti...” (croire que…) et (2) “pisteuô + datif”. Il existe 2 occurrences de l’usage “pisteuô + datif” qui ne concernent pas la foi en Jésus.

        a) Neuf articles de foi des disciples

l’Évangile de Jean utilise l’expression “pisteuô hoti...” (croire que…) pour présenter les articles de foi. “Croire en Jésus” veut dire entrer dans une relation intime avec lui pour croire à sa parole qui révèle le Père et Jésus lui-même. L’Évangile utilise 11 fois la formule: “pisteuô hoti...” (croire que…) pour indiquer cinq articles de foi:

[1] Croire que Jésus est le Christ, Fils de Dieu, qui vient dans le monde (2 fois: 11,27; 20,31a)
[2] Croire que le Père a envoyé Jésus (3 fois: 11,42; 17,8.21).
[3] Croire que Jésus est celui qui déclare que “Je Suis (egô eimi)” (2 fois: 8,24; 13,19). Voir l’article “Je Suis (egô eimi) dans l’Évangile de Jean.”  
[4] Croire que Jésus est sorti d’auprès de Dieu (2 fois: 16,27.30).
[5] Croire que Jésus est dans le Père et que le Père est en Jésus (2 fois: 14,10.11).

Il existe trois autres articles de foi exprimés par la formule: “pisteuô + datif” (croire à...). L’objet de cette foi n’est pas une personne (voir ci-dessus l’usage pisteuô + datif” avec l’objet humain). Cet usage “pisteuô + datif” (croire à...) est employé 5 fois pour présenter trois autres articles de foi: 

[6] Croire à l’Écriture (1 fois: 2,22).
[7] Croire à la parole de Jésus (3 fois: 2,22; 4,40; 5,47b): dont 2,22b et 4,50 utilisent le nom grec “logos” (parole), tandis que 5,47b utilise le terme “rêma” au pluriel, ce terme veut dire aussi “parole”.
[8] Croire en les œuvres de Jésus (1 fois: 10,38b).

[9] En particulier en 11,26b, le narrateur utilise l’expression “pisteuô + accusatif” (1 fois dans l’Évangile de Jean), pour présenter un article de foi important. La révélation de Jésus en 11,25-26 est le neuvième article de foi. Dans le contexte du décès de Lazare, le frère de Marthe et de Marie, mort depuis quatre jours, Jésus vient à Béthanie, rencontre Marthe et lui dit en 11,25-26: “25 Moi, je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; 26 et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu?” (11,25-26). La question de Jésus à Marthe: “Le crois-tu?” utilise l’expression “pisteuô + accudatif.” Le pronom “le” renvoie à la révélation importante de Jésus en 11,25-26a. L’ensemble du passage 11,1-54 est la réponse de Jésus sur la mort et la vie de Lazare, sur celles de Jésus et celles des croyants en tout temps et en tout lieu.

En résumé, l’Évangile de Jean présente neuf articles de foi comme ci-dessus lesquels contiennent explicitement le verbe “pisteuô” (croire). Cependant, il vaut mieux considérer que la totalité de la révélation dans l’Évangile est le contenu de la foi. Par exemple, l’auteur de l’Évangile invite le lecteur à croire que Jésus est le Logos (le Verbe) comme il le proclame en 1,1: “Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu.” L’ensemble de l’Évangile propose au lecteur de croire que “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle” (3,16a); de croire que Jésus est le Chemin, la Vie et la Vérité et nul ne vient au Père sinon par Jésus (cf. 14,6); de croire que “le Prince de ce monde est jugé” (16,11); et de croire que Jésus a “bel et bien vaincu le monde” (16,33b). Ainsi toute la révélation dans l’Évangile de Jean est le contenu de la foi des disciples.
 
        b) Les autres usages du verbe “croire”

Il existe 2 utilisations (5,47; 12,38) de l’usage “pisteuô + datif” qui ne concernent pas la foi en Jésus:
(1) Jésus accuse les Juifs de ne pas croire aux écrits de Moïse (5,47a).
(2) Le narrateur cite le prophète Isaïe en 12,38: “qui a cru à notre parole?” pour expliquer le refus de croire en Jésus. La mission de ce dernier est résumée dans la parole du prophète Isaïe comme le narrateur le relate en 12,37-38: “37  Bien qu’il [Jésus] eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, 38  afin que s’accomplît la parole dite par Isaïe le prophète: Seigneur, qui a cru à notre parole? Et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé?” La phrase “qui a cru à notre parole?” utilise la formule “pisteuô + datif.” 

En bref, avec les trois usages: “pisteuô hoti”, “pisteuô + datif” et “pisteuô + accusatif”, le contenu de la foi des disciples est présenté par les neuf articles de foi ci-dessus. Ces trois usages apparaissent en 17 occurrences, par contre les 2 occurrences de “pisteuô + datif” en 5,47; 12,38 ne concernent pas le foi en Jésus.
 
    3. “Croire” à l’état absolu, sans complément      

L’Évangile de Jean utilise 30 fois le verbe “pisteuô” (croire) sans complément et ces utilisations peuvent se diviser en deux groupes: (a) L’expression affirmative: “croire”, (b) L’expression négative: “ne pas croire.”

(a) Le groupe affirmatif: “croire” est employé 19 fois, dans lequel le verbe “croire” sans complément est conjugué à l’indicatif (16 fois: 1,7.50; 3,12b; 4,41.42.53; 6,69; 9,38; 11,15.40; 14,29; 16,31; 19,35; 20,8.29a.31b) et au participe: “ho pisteuôn (le croyant)” (3 fois: 3,18b; 6,47; 20,29b). 

(b) Le groupe négatif: “ne pas croire” est employé 11 fois, dans lequel le verbe “croire” sans complément est conjugué à l’indicatif (10 fois: 3,12a; 4,48; 5,44; 6,36.64a; 9,18; 10,25.26; 12,39; 20,25) et au participe (1 fois: 6,64b).

L’usage du verbe “pisteuô” (croire) sans complément d’objet renvoie à plusieurs aspects de la foi, impliquant “en qui l’on croit” et “ce que l’on croit.” Par exemple, quand Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, se rendent au tombeau au premier jour de la semaine (20,1-7), ils ne voient pas Jésus dans le tombeau mais voient “6b les linges, gisant à terre, 7 ainsi que le suaire qui avait recouvert sa tête; non pas avec les linges, mais roulé à part dans un endroit” (20,6b-7). Ensuite, le narrateur parle du disciple que Jésus aimait en 20,8b: “Il vit et il crut.” Ici les deux verbes “voir” et “croire” n’ont pas de complément.

Ainsi, avant l’apparition de Jésus ressuscité aux disciples le soir de ce jour là (20,19-23), le disciple que Jésus aimait est le premier qui a cru. Le contexte du verset 20,8b permet de comprendre que c’est un voir véritable et un croire authentique. Il est utile de noter que ce disciple voit et croit même quand il ne voit pas Jésus, et qu’il ne voit qu’un tombeau vide, les linges et le suaire. Cette manière de voir et de croire renvoie à la béatitude de Jésus à “ceux qui croient en lui sans l’avoir vu”, à la fin de l’Évangile, comme Jésus le dit à Thomas en 20,29: “Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.”
  
Les verbes “voir” et “croire” sans complément en 20,8b ont de multiples allusions. Le disciple que Jésus aimait voit non pas seulement les linges et le suaire, il voit aussi le tombeau vide, voit que Jésus n’est pas là. Ce “voir” évoque ce qu’il a vu au pied de la croix (cf. 19,25-37). Le verbe “croire” sans complément fait penser que ce disciple croit que Jésus est ressuscité, croit en sa parole, croit que Jésus est l’envoyé du Père (17,21.23), croit que Jésus “a les paroles de la vie éternelle” et qu’il est “le Saint de Dieu” comme Simon-Pierre le confesse devant Jésus en 6,68-69: “68 Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. 69 Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu.” La foi du disciple que Jésus aimait en 20,8b renvoie à la foi au plus haut degré: croire que Jésus est “kurios” (Seigneur) et “theos” (Dieu) comme la proclamation de Thomas devant Jésus ressuscité en 20,28: “Mon Seigneur et mon Dieu!”         

“Voir” et “croire” à l’état absolu, sans complément, montrent que le disciple que Jésus aimait a saisi le sens de la mort et la résurrection de Jésus. Cette manière de voir et de croire doit être comprise dans un sens théologique comme Jésus le dit à la foule en 6,40: “Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.” Cependant, il existe un grand écart entre “voir visuellement” et “croire”, puisque le tombeau vide et les linges (20,5-7) ne sont pas des preuves évidentes de la résurrection de Jésus. Ce disciple ne voit que “les signes”, il ne voit pas le Ressuscité mais il croit.

En bref, les 99 utilisations du verbe “pisteuô” (croire) dans l’Évangile de Jean sont distribuées comme suit: “En qui l’on croit” (50 fois), “Ce que l’on croit” (19 fois) et “croire à l’état absolu” (30 fois).    

III. Trois niveaux de “croire” en Jésus

Le thème “croire en Jésus” dans l’Évangile de Jean peut être classé sur trois niveaux: (1) Ne pas croire réellement en Jésus, (2) Ne pas encore croire réellement en Jésus, (3) Croire réellement en Jésus.

    1. Ne pas croire réellement en Jésus (8,31)

Le narrateur parle de la foi des Juifs en 8,31-32: “31 Jésus dit alors aux Juifs qui l’avaient cru: ‘Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples 32 et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera.’” La foi des Juifs est-elle ici la foi véritable en Jésus? Le contenu du passage 8,31-59 répondra à cette question.

La suite de la péricope 8,21-30 est la péricope 8,31-59. En 8,21-30, Jésus discute avec les Juifs à propos de sa mission et de sa relation avec son Père. La péricope suivante: 8,31-59 s’ouvre par cette phrase du narrateur: “Jésus dit alors aux Juifs qui l’avaient cru:…” (8,31a), cependant, le contenu de cette péricope montre que les discussions et les controverses entre Jésus et les Juifs sont de plus en plus vives jusqu’à la fin du ch. 8 (8,59). Le contexte littéraire des deux péricopes: 8,21-30 et 8,31-59 permet de conclure que, la foi des Juifs en 8,31a n’est pas la foi réelle en Jésus.

En effet, les Juifs en 8,31a ne croient pas réellement en Jésus parce qu’ils ne comprennent pas sa parole (8,43) et n’accueillent pas son enseignement. En plus, ils s’opposent à Jésus jusqu’à chercher à le tuer (8,37.40). Les accusations réciproques sont graves. Jésus dit aux Juifs en 8,44a: “Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir.” Quant aux Juifs, ils accusent Jésus en lui disant en 8,48: “N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon?” Dans la péricope 8,31-59, le récit commence par “les Juifs qui avaient cru en Jésus” (8,31a) et se termine par l’hostilité de ces Juifs envers Jésus en 8,59: “Ils [les Juifs] ramassèrent alors des pierres pour les lui [Jésus] jeter; mais Jésus se déroba et sortit du Temple.”    

Le comportement hostile des Juifs dans le passage 8,31-59 est incompatible avec la foi en Jésus (8,31a). Dès le début du  passage 8,31-59, Jésus invite les Juifs en 8,31b-32: “Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples 32 et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera.” Mais la suite du récit montre que ces juifs ne sont pas “les vrais disciples de Jésus” (8,31c), parce qu’ils “ne demeurent pas dans sa parole” (8,31b), c’est-à-dire ils ne l’écoutent pas et n’accueillent pas la révélation de Jésus. Ainsi, la foi des Juifs en 8,31a n’est pas la foi authentique. Le deuxième niveau de la foi est “ne pas encore croire réellement en Jésus”. C’est le cas des gens dans le passage 2,23-25.

    2. Ne pas encore croire réellement en Jésus (2,23-25)

Le narrateur résume l’activité de Jésus à Jérusalem en 2,23-25: “23 Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait. 24 Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous 25 et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme: car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme.

En 2,23, il existe un lien entre “voir des signes” et “croire en Jésus.” Le narrateur utilise 2 fois le verbe “croire” (pisteuô) en 2,23-24 dans lesquelles le contraste est marquant: la première fois en 2,23 révèle la foi de beaucoup de gens en Jésus après avoir vu des signes qu’il faisait (2,23); la deuxième fois en 2,24 exprime l’opinion de Jésus: il ne se fiait pas (ne croyait pas) à ces gens. Ainsi la foi de beaucoup de gens dans ce cas n’est pas encore la vraie foi. Ici c’est le cas de “croire grâce aux signes de Jésus” mais cette foi n’est pas encore mûre, elle a besoin d’être nourrie et se développer pour parvenir à la foi authentique.
  
    3. Croire réellement en Jésus

Qu’est ce que croire réellement en Jésus? Ce thème important est exprimé de plusieurs manières qui peuvent être classées en trois catégories: croire réellement en Jésus (a) grâce aux signes de Jésus, (b) grâce à la parole de Jésus, (c) grâce à la parole des disciples.

        a) Grâce aux signes de Jésus

Après avoir raconté le premier signe de Jésus: changer l’eau en bon vin (2,1-11), le narrateur conclut le récit en 2,11: “Cela, Jésus en fit le commencement des signes à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.” Ainsi le signe du changement de l’eau en bon vin est le moment où Jésus manifeste sa gloire, les disciples reconnaissent cette manifestation et croient en Jésus. Bien que la remarque du narrateur en 2,11 soit sobre dans la forme, dans le fond ici la foi des disciples est authentique.

Le premier signe à Cana (2,1-12) fait allusion au deuxième signe aussi à Cana en 4,46-45: Jésus guérit le fils malade d’un fonctionnaire royal à Capharnaüm. Le narrateur conclut ce récit en 4,53b: “Il [le fonctionnaire royal] crut, lui avec sa maison tout entière.” Le verbe “croire” dans ce verset est à l’état absolu, sans complément (voir analyse en II.3. “Croire à l’état absolu” ci-dessus). Ce verbe implique donc les deux sens: “croire en Jésus” et “croire à sa parole.” En effet ce signe de guérison (4,46-54) insiste aussi sur “croire à la parole de Jésus.” Quand le fonctionnaire royal demande à Jésus de venir à Capharnaüm pour guérir son fils, car il allait mourir (4,46-47), Jésus lui dit en 4,48: “Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas!” Le fonctionnaire royal dit à Jésus: “Seigneur, descends avant que ne meure mon petit enfant” (4,49). Jésus lui dit donc en 4,50a: “Va, ton fils vit.” Le narrateur rapporte la réaction du fonctionnaire royal en 4,50b: “L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route.” Ainsi le deuxième signe à Cana est réalisé parce que le fonctionnaire royal “crut à la parole de Jésus” (4,50b). Entre ces deux signes à Cana (2,1-12 et 4,46-54), c’est le récit de la rencontre entre Jésus et la femme Samaritaine (4,1-43). Ce passage indique la deuxième voie pour croire réellement en Jésus: c’est croire grâce à sa parole.

        b) Grâce à la parole de Jésus

La rencontre et le dialogue entre Jésus et la femme Samaritaine au puits de Jacob (4,7-9) sur l’eau vive (4,10-15) et sur les véritables adorateurs du Père (4,20-24), se terminent par la foi des Samaritains (4,39-42). C’est un récit exemplaire à propos du croire authentique en Jésus grâce à sa parole. En effet, après le dialogue entre Jésus et la femme Samaritaine (4,5-25), le narrateur relate la réaction de la femme en 4,28-29: “28 La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens: 29 ‘Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ?’” C’est grâce à cette parole de la femme que les Samaritains viennent vers Jésus, et après le narrateur rapporte le résultat en 4,39: “De cette ville, nombre de Samaritains crurent en lui à cause de la parole de la femme, qui attestait: ‘Il m’a dit tout ce que j’ai fait.’” Ici, la manière de croire est la foi en Jésus grâce à la parole des autres, ici c’est le témoignage de la femme Samaritaine. Elle rend témoignage à Jésus (le rôle d’un témoin) et le fait savoir aux Samaritains (le rôle d’un messager).

Le récit va encore plus loin quand il se termine ainsi en 4,40-42: “40 Quand donc ils [les Samaritains] furent arrivés près de lui [Jésus], les Samaritains le prièrent de demeurer chez eux. Il y demeura deux jours 41 et ils furent bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole, 42 et ils disaient à la femme: ‘Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons; nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde.’” En 4,39, grâce à la parole de la femme Samaritaine, “un nombre de Samaritains croient en Jésus”; maintenant en 4,41, “bien plus nombreux à croire, à cause de la parole de Jésus.” Le nombre de gens qui croient en Jésus grâce à sa parole (4,41) est bien plus nombreux par rapport au groupe croyant précédent (4,39). Il est à noter que Jésus ne fait aucun signe devant les Samaritains, il se contente simplement de parler et de demeurer avec eux. C’est pour cela que le récit de Jésus en Samarie (4,1-42) est un récit typique de la foi en Jésus “grâce à la parole de l’autre” (4,39) et “grâce à la parole de Jésus lui-même” (4,41).

        c) Grâce à la parole des disciples

À la fin de la mission de Jésus et avant d’entrer dans sa Passion, Jésus s’adresse à son Père en présence de ses disciples en 17,18: “Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les [les disciples] ai envoyés dans le monde.” Dans cette parole Jésus confie indirectement aux disciples la charge de continuer sa mission dans le monde. Après sa résurrection, Jésus dit directement aux disciples cette même parole en 20,21b: “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.” En 17,20-21, Jésus intervient auprès du Père pour ceux qui croient en lui grâce à la parole des disciples. Il dit à son Père en 17,20-21: “20 Je ne prie pas pour eux seulement [les disciples], mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, 21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé.

En résumé, l’Évangile de Jean commence par “croire en Jésus grâce aux signes” (2,1-12), ensuite c’est “croire en Jésus grâce à sa parole” (4,1-43), et enfin l’Évangile se termine par “croire en Jésus grâce à la prédication des disciples” (17,20). La mission de Jésus et celle des disciples se succèdent en deux étapes. La première étape est de croire en Jésus grâce à ses signes et à son enseignement. La deuxième étape correspond à la mission des disciples, qui aboutit au gain de nouveaux croyants formant ainsi la deuxième génération de disciples. Ces derniers sont ceux qui croient en Jésus sans l’avoir vu (cf. 20,29). Cela étant, le thème de “croire” dans l’Évangile de Jean est tourné vers l’avenir. Les lecteurs à toute époque sont toujours invités à croire en Jésus au travers de témoignages racontés dans l’Évangile et grâce à la prédication des disciples. L’évangéliste adresse aux lecteurs le but de son l’Évangile dans la conclusion en 20,30-31: “30 Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.” 

“Croire en Jésus” est un cheminement tout au long de la vie, et le disciple est invité à vivre cette foi en toute circonstance. Le contenu de l’Évangile de Jean montre que la foi des disciples se trouve dans une situation de crise profonde. Quelles sont les raisons qui conduisent les disciples à la crise de la foi? Quelles sont les solutions pour surmonter cette crise? Ce thème sera traité dans un autre article.

Conclusion

Les analyses ci-dessus indiquent l’importance du verbe “pisteuô” (croire) dans l’Évangile de Jean, par la multiplication de ce terme (99 fois) et sa distribution tout au long de l’Évangile. En effet, le Prologue de l’Évangile (1,1-18) définit l’action de “croire” en 1,11-13. Ensuite le contenu de l’Évangile présente ce que veut dire “ne pas croire”, “ne pas encore croire réellement” et “croire réellement en Jésus.” À la fin de son Évangile, le narrateur invite le lecteur à croire que “Jésus est le Christ, le Fils de Dieu(20,31a) pour avoir la vraie vie en son nom (20,31b).        

“Croire” est un thème majeur, mais comment peut-on croire? En qui et à quoi croit-on? Pour croire, il est nécessaire d’ouvrir son cœur et son esprit pour accueillir la parole du Père (6,45), pour naître d’en haut (3,3.7), pour écouter Jésus et entrer dans la relation d’amour avec lui. En qui croit-on? L’Évangile invite à croire en Jésus qui est descendu du ciel, il donne la vie éternelle aux croyants et il est l’envoyé du Père dans le monde pour sauver le monde (3,16-17). “Croire en Jésus” implique “croire en Dieu” qui est le Père de Jésus. À quoi croit-on? L’Évangile de Jean présente neuf articles de foi en utilisant l’expression: “croire que…” Avec ces neuf articles de foi présentés plus haut, l’Évangile propose au lecteur une manière de vivre sa foi, de la pratiquer et de la confesser. Ce qui est important dans l’engagement de la foi est d’entrer dans une relation d’amour avec Jésus, avec le Père et avec les frères et sœurs. Cette foi vivante apporte la vraie vie et la vitalité aux lecteurs. Par sa foi en Jésus, le croyant reçoit la vie éternelle dès maintenant dans ce monde et elle sera complète dans le monde à venir.

Avec une présentation détaillée de plusieurs aspects du thème de “croire”, l’Évangile de Jean apporte une contribution importante à la vie spirituelle depuis des siècles. Celui qui veut goûter à la vie éternelle grâce à “croire en Jésus” peut le chercher dans cet Évangile. Celui qui veut vivre fructueusement sa foi et l’affermir dans une situation de crise peut trouver des réponses concrètes et précieuses dans cet Évangile. Avec une importance particulière du thème de “croire”, on peut considérer que l’Évangile de Jean est “l’Évangile de la foi”./.      




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