5 août 2014

Le signe (sêmeion) dans l’Évangile de Jean



L’article en vietnamien et en anglais:

Email: josleminhthong@gmail.com
Le 05 Août 2014.

Contenu

Introduction
I. Les signes que Jésus accomplit
    1) La transformation de l’eau en vin à Cana (2,1-12)
    2) La guérison du fils d’un fonctionnaire royal (4,43-54)
    3) La guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha (5,1-18)
    4) La multiplication des pains (6,1-15)
    5) La guérison d’un aveugle de naissance (9,1-41)
    6) La résurrection de Lazare (11,1-46)
    7) La marche sur la mer de Galilée (6,16-20)
    8) La pêche de 153 poissons dans la mer (21,1-14)
II. Parlant de signes de Jésus
    1) Nicodème parle de signes (3,2)
    2) Les autorités juives parlent de signes (11,47)
    3) Le narrateur parle de signes
III. D’autres usages du terme “signe”
    1) On demande à Jésus de faire un signe (2,18; 6,30)
    2) Jean Baptiste ne fait pas de signe (10,41)
    3) L’expression: “signes et prodiges” (4,48)
Conclusion



Introduction

Le nom grec “sêmeion” signifie “signe” (en anglais: sign; en vietnamien: dấu chỉ, dấu lạ). Dans le sens habituel, un signe permet de reconnaître un message auquel le signe se réfère. Par exemple, la fièvre est un signe d’infection. Le mot “signe” est utilisé dans le langage courant ou représente les symboles mathématiques. Généralement, un “signe” a seulement son sens quand il est placé dans un système.

Dans les Évangiles Synoptiques (Marc, Matthieu et Luc), les “miracles” de Jésus sont un sujet important. Jésus fait des miracles sur la nature, les miracles de guérison, d’exorcisme, en particulier les miracles de la résurrection des morts. Ces miracles révèlent la puissance de Jésus sur la nature, la maladie et la mort. Les Évangiles Synoptiques utilisent le mot grec “dunamis” (puissance) pour désigner un miracle. En général, le mot “dunamis” peut être traduit par “miracle”. Par exemple, dans l’Évangile de Marc, Jésus dit à ses disciples en Mc 9,39b: “Il n’est personne qui puisse faire un miracle (dunamin) en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi.” (Les citations bibliques sont prises dans la Bible de Jérusalem, 2000). Un autre cas apparaît dans Mc 6,2, le narrateur rapporte la surprise des gens sur le miracle de Jésus en Mc 6,2: “Le sabbat venu, il (Jésus) se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l’entendant étaient frappés et disaient: ‘D’où cela lui vient-il? Et qu’est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains?’

L’Évangile de Jean rapporte des miracles mentionnés aussi dans les Évangiles Synoptiques et quelques autres qui ne figurent pas dans les Synoptiques. Il est important de noter que, dans l’Évangile de Jean, le narrateur n’utilise pas le mot “miracle” (dunamis), mais utilise le terme “signe” (sêmeion) pour parler des miracles de Jésus. Ce mot “signe” (sêmeion) a une signification théologique dans l’Évangile de Jean: Jésus est celui qui fait des signes et qui révèle la signification des signes. Par exemple, la signification du signe de multiplication des pains (Jn 6,1-15) est expliquée par Jésus dans le discours sur le pain de vie (6,25-59). En Jn 11, Jésus révèle à Marthe en 11,25a: “Moi, je suis la résurrection” avant d’appeler Lazare à sortir du tombeau (11,43). Combien y a-t-il de signes dans l’Évangile de Jean? Comment le narrateur utilise-t-il le terme “sêmeion” (signe) dans les récits? Qu’est-ce-que les gens disent sur les signes de Jésus? Cet article va répondre à ces questions.

Le terme “sêmeion” (signe) apparaît en 17 occurrences dans l’Évangile de Jean en 2,11.18.23; 3,2; 4,48.54; 6,2.14.26.30; 7,31; 9,16; 10,41; 11,47; 12,18.37; 20,30, dans lesquelles, 11 occurrences sont au pluriel: “sêmeia” (signes) en 2,11.23; 3,2; 4,48; 6,2.26; 7,31; 9,16; 11,47; 12,37; 20,30, et 6 occurrences sont au singulier: “sêmeion” (signe) en 2,18; 4,54; 6,14.30; 10,41; 12,18. Le thème “signe” sera traité en trois parties: (I) Les signes que Jésus accomplit, (II) Parlant de signes de Jésus, (III) D’autres usages du terme “signe”.

I. Les signes que Jésus accomplit

Le terme “sêmeion” (signe) apparaît en 7 occurrences (2,11; 4,54; 7,31; 6,14.26; 9,16; 12,18) pour décrire les signes que Jésus accomplit. On peut considérer qu’il y a huit signes dans l’Évangile de Jean dont six signes sont clairement déterminés par le terme “sêmeion” (signe): (1) La transformation de l’eau en vin à Cana (2,1-12); (2) La guérison du fils d’un fonctionnaire royal (4,43-54); (3) La guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha (5,1-18); (4) La multiplication des pains (6,1-15); (5) La guérison d’un aveugle de naissance (9,1-41); (6) La résurrection de Lazare (11,1-46). Il y deux signes qui ne sont pas déterminés par le mot “sêmeion” mais ils ont les caractéristiques de “signe”. Ce sont le septième signe: “La marche sur la mer de Tibériade (6,16-20)” et le huitième signe: “La pêche de 153 poissons dans la mer (21,1-14).” Voici les détails de ces huit signes.

    1) La transformation de l’eau en vin à Cana (2,1-12)

Après avoir raconté le récit de l’eau transformée en vin aux noces de Cana (2,1-10), le narrateur relate en 2,11: “Cela, Jésus en fit le commencement des signes (sêmeiôn) à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.” La phrase “Jésus en fit le commencement des signes (sêmeiôn)” (2,11a) annonce une série de signes de Jésus rapportés dans l’Évangile de Jean.

    2) La guérison du fils d’un fonctionnaire royal (4,43-54)

Le deuxième signe est rapporté en 4,43-54: Jésus guérit le fils d’un fonctionnaire royal. Le narrateur conclut ce récit en 4,54: “Tel fut, à nouveau, le deuxième signe (sêmeion), que fit Jésus à son retour de Judée en Galilée.” Ce deuxième signe qui se passe à Cana (4,46) se réfère au premier signe: la transformation de l’eau en vin qui est aussi à Cana (2,1-12).

    3) La guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha (5,1-18)

Dans le récit de la guérison d’un infirme depuis 38 ans (5,5) à la piscine de Bethzatha (5,1-18), le terme “sêmeion” (signe) n’apparaît pas. Néanmoins, dans la discussion avec les Juifs en 7,14-29, Jésus fait allusion à la guérison d’un infirme en 5,1-18 et la foule considère cet événement comme un signe.

Jésus dit à la foule en 7,23: “Un homme reçoit la circoncision, le jour du sabbat, pour que ne soit pas enfreinte la Loi de Moïse, et vous vous indignez contre moi parce que j’ai rendu la pleine santé à un homme tout entier le jour du sabbat?” La phrase “j’ai rendu la pleine santé à un homme tout entier le jour du sabbat” (7,23b) se réfère à la guérison du paralytique en 5,1-18 le jour du sabbat (5,9.10.16). À la fin de la discussion en 7,14-29, le narrateur parle de la foi des gens dans la foule et leurs remarques sur les signes de Jésus en 7,31: “Dans la foule, beaucoup crurent en lui (Jésus) et disaient: ‘Le Christ, quand il viendra, fera-t-il plus de signes (sêmeia) que n’en a fait celui-ci?’” Dans le contexte du récit 7,14-36, le pluriel “sêmeia” (signes) en 7,31b inclut le signe de la guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha (5,1-18).

    4) La multiplication des pains (6,1-15)

Le quatrième signe est la multiplication des pains (6,1-15). Le narrateur rapporte en 6,14: “À la vue du signe (sêmeion) qu’il (Jésus) venait de faire, les gens disaient: ‘C’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde.’” Après cela, la foule cherche Jésus (6,25a) et le trouve de l’autre côté de la mer de Galilée, ils lui disent en 6,25b: “Rabbi, quand es-tu arrivé ici?” Jésus leur répond en 6,26: “En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes (sêmeia), mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés.” Dans ce verset, Jésus utilise le pluriel: “signes” (sêmeia). Ce pluriel se réfère au signe de la multiplication des pains et aux autres signes. Le reproche de Jésus en 6,26 est ironique, parce que la foule ne voit que l’aspect miraculeux de cet événement. Ils ne comprennent pas la multiplication des pains comme un signe. La signification du signe de la multiplication des pains (6,1-15) sera révélée dans le discours sur le pain de vie en 6,25-59.

    5) La guérison d’un aveugle de naissance (9,1-41)

Le cinquième signe est le récit d’un aveugle-né qui a recouvré la vue (9,1-41). Le mot “signe” (sêmeion) n’apparaît pas dans le récit de la guérison (9,6-7), mais dans la discussion après la guérison (9,8-34), les Pharisiens considèrent ce cas comme un signe. Le narrateur rapporte en 9,16: “Certains des Pharisiens disaient: ‘Il (Jésus) ne vient pas de Dieu, cet homme-là, puisqu’il n’observe pas le sabbat’; d’autres disaient: ‘Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes (sêmeia)?’ Et il y eut scission parmi eux.” Le terme “signe” (sêmeion) dans ce verset (9,16) est au pluriel: “signes” (sêmeia). Ce sont le signe de la guérison de l’aveugle-né (9,1-41) et les autres signes.

    6) La résurrection de Lazare (11,1-46)

Le sixième signe de Jésus est la résurrection de Lazare (11,1-46). Cet épisode est qualifié de signe dans le récit de Jésus entrant à Jérusalem en 12,12-19. Les gens qui accueillent Jésus quand il est rentré à Jérusalem sont les témoins de la résurrection de Lazare (cf. 11,41-45). Le narrateur relate en 12,17-18: “17 La foule qui était avec lui (Jésus), quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l’avait ressuscité d’entre les morts, rendait témoignage. 18 C’est aussi pourquoi la foule vint à sa rencontre: parce qu’ils avaient entendu dire qu’il avait fait ce signe (sêmeion).” Ce signe est le dernier dans le ministère de Jésus et il possède une signification théologique importante. Car à travers ce signe, Jésus révèle le sens de sa mort et sa résurrection en même temps, il promet la vraie vie pour les croyants de tout temps. En effet, le signe de la résurrection de Lazare (11,41-45) vient appuyer la révélation de Jésus à Marthe en 11,25-26a: “25 Moi, je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; 26a et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.

    7) La marche sur la mer de Galilée (6,16-20)

En 6,16-20, Jésus marche sur les eaux de la mer de Galilée pour venir à ses disciples. Seuls les disciples sont témoins de cette scène. Le mot “signe” ne figure pas dans ce récit de 6,16-20. Cependant, cet événement possède deux caractéristiques de signe johannique: (1) Jésus marche sur les eaux à l’encontre de la nature. Le narrateur raconte en 6,19-20: “19 Ils (les disciples) avaient ramé environ vingt-cinq ou trente stades, quand ils voient Jésus marcher sur la mer et s’approcher du bateau. Ils eurent peur. 20 Mais il leur dit: ‘C’est moi. N’ayez pas peur.’” Cette manifestation montre la puissance de Jésus sur la loi de la nature. (2) Le bateau atteint étrangement la rive, car le narrateur rapporte en 6,21: “Ils (les disciples) étaient disposés à le (Jésus) prendre dans le bateau, mais aussitôt le bateau toucha terre là où ils se rendaient.” Grâce à ces détails extraordinaires, nous pouvons considérer la marche sur la mer de Tibériade (6,16-20) comme un signe.

    8) La pêche de 153 poissons dans la mer (21,1-14)

Comme le signe de la marche sur les eaux (6,16-20), le récit de la pêche de 153 poissons dans la mer de Tibériade (21,1-14) n’est pas qualifié comme un signe dans le texte. Cependant, c’est un événement miraculeux. Le groupe de disciples va à la pêche, mais “cette nuit-là, ils ne prirent rien” (21,3d). Dans la matinée, Jésus ressuscité se tient sur ​​le rivage et leur dit en 21,6a: “Jetez le filet à droite du bateau et vous trouverez.” Le narrateur rapporte le résultat étonnant en 21,6b: “Ils le jetèrent donc et ils n’avaient plus la force de le tirer, tant il était plein de poissons.” Cette manifestation de Jésus est considérée comme le huitième signe.

En résumé, le terme “sêmeion” (signe) utilisé 7 fois désigne 6 signes de Jésus (2,11; 4,54; 7,31; 6,14.26; 9,16; 12,18). Avec deux autres signes en 6,16-20 et en 21,1-14, il y a au total huit signes que Jésus a faits dans l’Évangile de Jean.

II. Parlant de signes de Jésus

Les gens utilisent 6 fois le terme “sêmeion” (signe) en 3,2; 11,47; 2,23; 6,2; 12,37; 20,30 pour parler des signes de Jésus. Nous abordons dans cette partie trois points: (1) Nicodème parle de signes de Jésus (3,2); (2) Les autorités juives parlent de signes de Jésus (11,47); (3) Le narrateur parle 4 fois de signes (2,23; 6,2; 12,37; 20,30).

    1) Nicodème parle de signes (3,2)

Nicodème vient à Jésus la nuit et lui dit en 3,2: “Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître: personne ne peut faire les signes (sêmeia) que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui.” Dès le début de l’Évangile (ch. 3), Nicodème, l’un des Pharisiens et un chef des Juifs, reconnaît Jésus comme “le faiseur des signes.” Par conséquent, le thème “signe” est important dans la théologie johannique. Au cours de son ministère public, Jésus opère de nombreux signes, et à cause d’eux, les autorités juives décident de tuer Jésus (11,47-53).

    2) Les autorités juives parlent de signes (11,47)

Le groupe de personnages: “les grands prêtres et les Pharisiens” reconnaissent que Jésus a fait beaucoup de signes. Après le signe de la résurrection de Lazare (11,1-46), ce groupe se réunit en conseil (le Sanhédrin) et dit en 11,47b-48: “47b Que faisons-nous? Cet homme (Jésus) fait beaucoup de signes (polla sêmeia). 48 Si nous le laissons ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu saint et notre nation.” En disant cela, les autorités juives confirment que Jésus a fait beaucoup de signes.

L’un d’entre eux, le grand prêtre Caïphe a proposé une solution en 11,49b-50: “49b Vous n’y entendez rien. 50 Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière.” La décision finale du Sanhédrin est rapportée en 11,53: “Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le (Jésus) tuer.” Ainsi Jésus meurt à cause des signes qu’il a accomplis durant son ministère. Dans la première partie de l’Évangile (ch. 1–12), le dernier signe de Jésus: la résurrection de Lazare (11,1-46) le conduit donc à la mort.

    3) Le narrateur parle de signes

Le narrateur utilise le terme “sêmeion” (signe) 4 fois (2,23; 6,2; 12,37; 20,30) pour parler de signes de Jésus. Tout d’abord, il résume les activités de Jésus en 2,23-25​​: “23 Comme il (Jésus) était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes (sêmeia) qu’il faisait. 24 Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous 25 et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme: car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme.” Beaucoup de gens croient en Jésus en voyant ses signes (sêmeia), mais Jésus n’a pas confiance en eux. Ici c’est le cas de la foi grâce aux signes, mais cette foi n’est pas encore authentique, elle doit être renforcée par l’écoute des enseignements de Jésus. (Voir l’article: “Croire (pisteuô) dans l’Évangile de Jean”).

La deuxième utilisation du terme “sêmeion” (signe) du narrateur se trouve en 6,2. Il introduit le récit de la multiplication des pains en 6,1-3: “1 Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade. 2 Une grande foule le suivait, à la vue des signes (sêmeia) qu’il opérait sur les malades. 3 Jésus gravit la montagne et là, il s’assit avec ses disciples.” Avant de raconter le signe de la multiplication des pains (6,4-15), le narrateur se réfère donc aux autres signes, en particulier aux deux signes de la  guérison en 4,43-54 (la guérison du fils du fonctionnaire royal) et en 5,1-18 (la guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha).

Le troisième usage du mot “sêmeion” se trouve en 12,37, le narrateur utilise ce terme pour résumer le ministère de Jésus. Les signes que Jésus a faits ne conduisent pas toujours à la foi. Le narrateur récapitule la mission de Jésus en 12,37: “Bien qu’il (Jésus) eût fait tant de signes (sêmeia) devant eux, ils ne croyaient pas en lui.” Cette remarque souligne le conflit dans l’Évangile de Jean qui est présenté comme un procès entre la lumière et les ténèbres, entre Jésus et ses adversaires. En même temps, par le fait du refus de croire en Jésus, le narrateur introduit la deuxième partie de l’Évangile: la mort et la résurrection de Jésus (Jn 13–21). En effet, Jésus meurt à cause de ses signes, mais l’heure de la mort de Jésus selon la théologie johannique est l’heure de sa glorification (12,23; 13,31-32; 17,1).

La quatrième utilisation du mot “sêmeion” se trouve dans la première conclusion de l’Évangile (20,30-31). Le narrateur communique aux lecteurs le but de l’Évangile en 20,30-31: “30 Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes (sêmeia), qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.

En résumé, l’Évangile de Jean s’ouvre avec le premier signe à Cana (2,11), le contenu de cet Évangile rapporte beaucoup de signes (ch. 4–9), le ministère public de Jésus se termine aussi par un signe (ch. 11), et enfin, la conclusion de l’Évangile se réfère aux signes (20,30). Ainsi les signes johanniques sont l’un des principaux thèmes de l’Évangile. Il y a aussi d’autres utilisations du mot “sêmeion” (signe) dans l’Évangile de Jean.

III. D’autres usages du terme “signe”

Le terme “sêmeion” dans l’Évangile de Jean est également utilisé dans d’autres sens. Nous présentons trois points sur ce sujet: (1) En deux fois, les gens demandent à Jésus de faire un signe (2,18; 6,30); (2) Jean Baptiste ne fait pas de signe (10,41). (3) L’expression “signes et prodiges” (sêmeia kai terata) en 4,48a.

    1) On demande à Jésus de faire un signe (2,18; 6,30)

En 2,18 et 6,30, les gens demandent à Jésus de faire un signe. Après avoir vu que Jésus chasse tous les commerçants du Temple (2,13-17), les Juifs lui dit en 2,18b: “Quel signe (sêmeion) nous montres-tu pour agir ainsi?” Dans le discours sur le pain de vie (6,25-59), la foule demande à Jésus en 6,30: “Quel signe (sêmeion) fais-tu donc, pour qu’à sa vue nous te croyions? Quelle œuvre accomplis-tu?” Ces deux cas (2,18; 6,30) sont placés dans un contexte d’opposition et de conflit, Jésus ne fait donc aucun signe pour eux.

    2) Jean Baptiste ne fait pas de signe (10,41)

Lors du dernier débat entre Jésus et les Juifs en 10,22-38, ces derniers essaient d’arrêter Jésus, mais le narrateur relate la réaction de Jésus en 10,39b-40: “39b Il (Jésus) leur échappa des mains. 40 De nouveau il s’en alla au-delà du Jourdain, au lieu où Jean avait d’abord baptisé, et il y demeura.” Dans les versets suivants, le narrateur raconte en 10,41-42: “41 Beaucoup vinrent à lui (Jésus) et disaient: ‘Jean n’a fait aucun signe (sêmeion); mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai.’ 42 Et là, beaucoup crurent en lui.” Jean Baptiste ne fait aucun signe, au contraire de Jésus qui fait beaucoup de signes (ch. 2–9).

    3) L’expression: “signes et prodiges” (4,48)

Dans l’Évangile de Jean, l’expression “signes et prodiges” (sêmeia kai terata) apparaît une fois en 4,48. Lorsque le fonctionnaire royal supplie Jésus de venir guérir son fils (4,46-47), Jésus lui dit en 4,48: “Si vous ne voyez des signes et des prodiges (sêmeia kai terata), vous ne croirez pas!” Par la suite, Jésus a guéri le fils du fonctionnaire royal par une parole. Le narrateur raconte en 4,50: “Jésus lui (le fonctionnaire) dit: ‘Va, ton fils vit.’ L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route.

Dans les Évangiles Synoptiques, l’expression “signes et prodiges” (sêmeia kai terata) apparaît dans le discours eschatologique (Mc 13,22 // Mt 24,24). Jésus dit à ses disciples en Mc 13,22: “Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes qui opéreront des signes et des prodiges (sêmeia kai terata) pour abuser, s’il était possible, les élus.” Le mot “sêmeion” (signe) dans l’expression: “des signes et des prodiges” (sêmeia kai terata) a un sens différent des signes johanniques.

Conclusion

Le terme “sêmeion” (signe) apparaît en 17 occurrences dans les trois cas suivants:

(1) Les signes que Jésus accomplit (7 fois).
- La transformation de l’eau en vin à Cana, 1 fois: 2,11.
- La guérison du fils d’un fonctionnaire royal, 1 fois: 4,54.
- La guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha, 1 fois: 7,31.
- La multiplication des pains, 2 fois, 6,14.26.
- La guérison d’un aveugle de naissance, 1 fois: 9,16.
- La résurrection de Lazare, 1 fois: 12,18.

(2) Les gens parlent de signes de Jésus (6 fois).
- Nicodème parle de signes, 1 fois: 3,2.
- Les autorités juives parlent de signes, 1 fois: 11,47.
- Le narrateur parle de signes, 4 fois: 2,23; 6,2; 12,37; 20,30.

(3) D’autres utilisations du mot “sêmeion” (4 fois).
- Les gens demandent à Jésus de faire un signe, 2 fois: 2,18; 6,30.
- Jean Baptiste ne fait aucun signe, 1 fois: 10,41.
- L’expression: “signes et prodiges”, 1 fois: 4,48.

La différence d’utilisation et de signification du terme “sêmeion” (signe) montre la complexité des signes johanniques. Il est nécessaire de placer ce terme dans le contexte du récit pour déterminer son sens. Les personnages de l’Évangile de Jean parlent de “signe” dans des sens différents. Par exemple, les grands prêtres et les Pharisiens parlent des signes de Jésus en 11,47, mais ils ne comprennent pas ces signes dans le sens que Jésus a voulu. S’ils avaient vraiment compris la signification des signes de Jésus, ils auraient cru en lui.

Dans la première conclusion de l’Évangile (20,30-31), le narrateur voudrait que les lecteurs reconnaissent l’importance des signes. Au cours de la mission publique de Jésus, les signes sont souvent accompagnés par un discours dans lequel Jésus révèle la signification du signe. Par exemple, Jésus fait un discours après le signe de la guérison d’un infirme à la piscine de Bethzatha (le signe en 5,1-18, le discours en 5,19-47). Après le signe de la multiplication des pains (6,1-15) et celui de la marche sur les eaux (6,16-20), Jésus donne un discours sur le pain de vie en 6,25-59. Dans le ch. 9, la guérison d’un aveugle de naissance (9,1-7) se poursuit par une longue discussion et une rencontre avec Jésus, cela fait comprendre au lecteur le sens d’un véritable “voir”: c’est de croire au Fils de l’homme (9,35-38). Dans le signe de la résurrection de Lazare (11,1-46), Jésus révèle le sens de ce signe en 11,25-26 avant de le réaliser en 11,43. Le style “signe – discours” permet au lecteur de saisir le véritable sens des signes. Avec ces caractéristiques spécifiques du terme “sêmeion” (signe), il est indispensable de considérer ces signes comme “les signes johanniques” pour les distinguer des autres sens du terme “sêmeion” dans le Nouveau Testament.

L’Évangile contient sept signes dans la première partie (ch. 1–12) et un signe dans la seconde partie (ch. 13–21). Ainsi cet Évangile est divisé en deux grandes parties: (1) Le Livre des Signes (Jn 1–12) et (2) Le Livre de la Gloire (Jn 13–21). Cette  deuxième partie rapporte l’événement de la passion et de la résurrection de Jésus. Ces deux parties de l’Évangile sont étroitement liées et elles s’éclairent mutuellement. Certains auteurs voudraient considérer les événements: “La purification du Temple” (2,13-22) et “le lavement des pieds des disciples” (13,1-19) comme des signes. Cependant, ces récits ne désignent pas ces événements comme “sêmeion” (signe). En général, l’Évangile de Jean utilise le terme “sêmeion” (signe) pour parler des miracles de Jésus.

Chaque signe johannique révèle certains aspects de la révélation sur trois questions importantes: D’où vient Jésus? Qui est-il? Quelle est sa mission? Dans cette perspective, les signes de Jésus sont étroitement associés à sa passion et sa résurrection. Les signes que Jésus a faits le conduisent à la mort, car le Sanhédrin décide de tuer Jésus parce qu’il a fait beaucoup de signes (11,47-53). En d’autres termes, l’heure où Jésus est glorifié sur la croix aide les lecteurs à comprendre le vrai sens des signes de Jésus. Dans cette vision, les signes johanniques conduisent le lecteur à croire en Jésus, ceci est le but de l’Évangile de Jean (20,30-31).

Du point de vue théologique, nous pouvons dire que dans l’Évangile de Jean, il n’y a que des signes, pas de miracles, puisque le narrateur a voulu utiliser le terme “sêmeion” (signe) à la place du mot “dunamis” (miracle). Si nous utilisons donc le mot “miracle” pour parler des signes johanniques nous ne prêtons pas attention à la signification théologique des signes de Jésus dans le quatrième Évangile./.



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