4 octobre 2015

Jn 2,13-22 : Traduction et notes






TRADUCTION

Jn 2,13-22 : Jésus et le Temple de Jérusalem

13 Et la Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14 Et il trouva dans le Temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs [1] assis. 15 Se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs, il répandit la monnaie des changeurs et renversa les tables, 16 et aux vendeurs de colombes il dit : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. » 17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : « Le zèle de ta maison me dévorera. » [2]

18 Alors les Juifs répondit et lui dirent : « Quel signe [3] nous montres-tu pour faire cela ? » [4] 19 Jésus répondit et leur dit : « Détruisez [5] ce sanctuaire [6] et en trois jours je le relèverai. [7] » 20 Alors les Juifs dirent : « Ce sanctuaire a été construit quarante-six ans, et toi, en trois jours tu le relèveras ? » 21 Mais celui-ci parlait du sanctuaire de son corps. 22 Aussi lorsqu’il fut relevé d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole qu’avait dite Jésus.


NOTES

[1] 2,14 : « Les changeurs (tous kermatistas) ». Ce sont des changeurs de monnaie. Le terme kermatistès (changeur) en 2,14 est un Hapax du NT. Un autre terme est utilisé pour parler des changeurs en 2,15 : kollubistès comme dans le parallèle de Mc et Mt.

[2] 2,17b : « Le zèle de ta maison me dévorera. » Cette citation vient du Ps 69,10a (LXX) avec une modification de la conjugaison du verbe « dévorer » (katesthiô). Ce verbe est à l’indicatif aoriste dans Ps 69,10a « m’a dévoré », il passe au  futur en Jn 2,17 : « me dévorera ». Ce changement vise le destin de Jésus à la fin de sa mission.

[3] 2,18b : « Quel Signe (sèmeion) ». Le terme « signe » ici doit être compris dans le sens d’une intervention miraculeuse et spectaculaire comme le signe à Cana (2,1-12). La demande des Juifs n’a pas été accordée, Jésus ne fait aucun signe prodigieux. Nous ne pouvons donc pas considérer les gestes et les paroles de Jésus dans la péricope en 2,13-22 comme un signe.

[4] 2,18b : « Quel signe nous montres-tu pour faire cela ? ». L’expression « pour faire cela ? (hoti tauta poieis ?) peut être traduite de trois manières : (1) La particule « hoti » introduit une proposition consécutive : « pour faire cela ? » La question des Juifs vise l’autorité de Jésus. La demande du signe a pour objet de légitimer son action. Voici quelques traductions dans la ligne « pour + infinitif » : « pour faire cela ? » (Jeanne d’Arc ; Latour, Le signe du sanctuaire, 25) ; « pour agir ainsi ? » (Osty ; Mollat ; BiJer, 2000) ; « pour en agir ainsi ? » (Léon-Dufour*, I) ; « pour agir de la sorte ? » (TOB, 2011). (2) « hoti » introduit une subordonnée complétive : « que tu fais cela » (Delebecque) ; « que tu fasses cela ? » (Boismard–Lamouille*, III), « que tu fais ces-choses ? » (Simoens*, I). Dans ce cas, les Juifs demandent un signe pour confirmer l’action prophétique de Jésus. (3) « hoti » introduit une proposition causale : « puisque tu fais cela ? » (Zumstein*, I). Cette proposition devient une clause de justification de la demande de signe. Du point de vue grammatical, ces trois traductions sont possibles, nous choisirons la première traduction parce qu’elle correspond mieux au contexte littéraire. (Cf. Latour, Le signe du sanctuaire, 25-26).

[5] 2,19b : « Détruisez (lusate) ». Jésus utilise ici le verbe grec luô. Ce verbe apparaît en 6 occurrences dans l’évangile de Jean (1,27 ; 2,19 ; 5,18 ; 7,23 ; 10,35 ; 11,44) avec quatre sens différents selon le contexte : (1) « délier » (1,27 ; 11,44) ; (2) « détruire » (2,19) ; (3) « abolir » (10,35) ; (4) « violer » (5,18 ; 7,23).

[6] 2,19b : « Sanctuaire (naos) ». Ce terme n’apparaît qu’en 3 occurrences dans l’évangile de Jean (2,19.20.21). Nous distinguons les termes grecs « hieron » (temple) et « naos » (sanctuaire). Le temple (hieron) désigne souvent l’ensemble de l’édifice : le sanctuaire, les parvis, l’esplanade soutenue par des murs d’enceinte. Le sanctuaire (naos) désigne souvent le bâtiment principal, c’est le Temple proprement dit, mais en 2,20 le naos renvoie aussi à l’ensemble de l’édifice. Certaines traductions ne font pas la différence entre « hieron » (temple) et « naos » (sanctuaire). Le terme « naos » est traduit aussi par « temple » dans Boismard–Lamouille*, III, 107 ; TOB, 2011.

[7] 2,19c : « Je le relèverai (egerô) ». Le verbe grec egeirô (relever, se lever), 13 fois dans l’évangile de Jean (2,19.20.22 ; 5,8.21 ; 7,52 ; 11,29 ; 12,1.9.17 ; 13,4 ; 14,31 ; 21,14) contient quatre sens : (1) « relever un bâtiment ». Jésus l’utilise en 2,19 avec un double sens qui provoque le malentendu des Juifs en 2,20 ; (2) « relever d’entre des morts » (2,22 ; 12,1.9.17 ; 21,14) ou « relever des morts » (5,21) veut dire « ressusciter ». (3) « se lever » (5,8; 11,29; 13,4; 14,31). (4) « surgir » (sortir ; venir) quelqu’un (7,52). Dans ces 13 occurrences, ce verbe désigne 6 fois la résurrection, celle de Jésus (2,22 ; 21,14), de Lazare (12,1.9.17), des morts (5,21). Le verbe egeirô est donc un terme technique pour désigner la résurrection.


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