15 décembre 2010

Jn 1,1-18: “Voir” et “Entendre” le Logos s'est fait chair



Article en vietnamien:

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Le 15 Décembre 2010.
Mise à jour: Le 22 Décembre 2013.

Contenu

1. Texte et structure du Prologue 1,1-18
   a) Texte de Jn 1,1-18 (La Bible de Jérusalem)
   b) La structure du Prologue
2. “Le Verbe s’est fait chair” (1,14)
3. “Nous avons vu sa gloire” (1,14b)
4. “Personne n'a jamais vu Dieu” (1,18)
5. Le Fils unique nous raconte Dieu
6. Conclusion


1. Texte et structure du Prologue 1,1-18

   a) Texte de Jn 1,1-18 (La Bible de Jérusalem)

1 Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement avec Dieu. 3 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. 4 Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. 5 et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.

6 Il y eut un homme envoyé de Dieu; son nom était Jean. 7 Il vint pour témoigner, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. 8 Celui-là n'était pas la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.

9 Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme; il venait dans le monde. 10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. 11 Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli. 12 Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, 13 lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.

14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

15 Jean lui rend témoignage et il clame: “C’est de lui que j’ai dit: Celui qui vient derrière moi, le voilà passé devant moi, parce qu'avant moi il était.”

16 Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce. 17 Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. 18 Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître.

   b) La structure du Prologue

Le Prologue a un genre littéraire particulier. Le développement s’opère par la reprise des mêmes termes comme des vagues à marée haute. En général, on peut considérer que le Prologue comporte deux parties: 1,1-13 et 1,14-18, qui se distinguent par la reprise du terme Logos (1,1.14). En effet, le terme Logos (3 fois au verset 1 du ch.1) ne revient qu’au verset 14:“Le Verbe (le Logos) s’est fait chair”. Cette reprise présente un nouveau développement. Dans la première partie (1,1-13), il y a des indices sur la présence du Logos dans le monde: Le témoignage de Jean (Baptiste) en 1,6-8; le Logos qui illumine tout homme (1,9); L’expression “ceux qui l’ont reçu” (1,12) renvoie à ceux qui ont cru en Jésus. Les verbes: “ne pas accueillir” (1,11), “recevoir”, “croire en son nom” (1,12) sont utilisés dans l’évangile pour parler de la foi en Jésus. Et pourtant, cette présence du Logos ne s’oppose pas à l’expression “le Verbe s’est fait chair” en 1,14 qui parle de l’incarnation du Logos. Il est probable que chaque partie (1,1-13 et 1,14-18) présente des aspects différents.

La première partie (1,1-13) est une présentation de la foi chrétienne dans l’histoire du salut, du commencement à la fin des temps. Elle est une confession de la foi chrétienne en Jésus-Christ, Logos préexistant, venu dans le monde. Face à Jésus Christ, l’humanité se divise selon deux attitudes: L’acceptation ou le refus (1,10-13). La deuxième partie (1,14-18) décrit le Logos dans l’histoire concrète qui se déploie dans la suite de l’évangile.

La première partie (1,1-13) est en quelque sorte une introduction générale. La deuxième (1,14-18) est une introduction particulière au récit de l’évangile. Le Logos qui s’est fait chair (1,14) nous raconte Dieu (1,18). Le dernier verset du Prologue (1,18) s’ouvre à l’activité de Jésus. Ces deux parties (1,1-13; 1,14-18) sont liés entre elles et forment le chiasme suivant:


Le centre de cette structure F, F’ (1,10-13) met en opposition refus 1,10-11 (F); et acceptation 1,12-13 (F’). Cette opposition entre la lumière et les ténèbres, entre le “croire” et le “non-croire” va se poursuivre tout au long de l’évangile.

Le Prologue relate le parcours du Logos. Le terme Logos existe dans la culture grecque, mais dans le Prologue, ce terme est fondé d’une part sur la littérature sapientiale, et d’autre part sur la réflexion de la communauté chrétienne primitive sur l’identité et la parole de Jésus. Le Logos, dans le Prologue, signifie la Parole de Dieu personnalisée et incarnée en Jésus-Christ.

Le titre Logos qui s’applique à Jésus de manière absolue n’existe que dans le Prologue de Jean. Le terme logos en Ap 19,13 et en 1Jn 1,1 est qualifié par un génitif. Il s’agit de la parole, du message évangélique, de la prédication du Christ.

Probablement, le noyau du Prologue est un hymne chrétien que l’évangéliste a repris pour introduire son évangile. Le mot Logos ou Verbe, avec majuscule, désigne le Logos personnalisé dans le Prologue. L’incarnation du Logos ouvre un nouveau mode de révélation. Le Logos se fait voir et entendre. 

2. “Le Verbe s’est fait chair” (1,14)

Le Logos préexiste: “Au commencement était le Verbe” et “Le Verbe était Dieu” (1,1). Il s’incarne dans l’histoire: “Le Verbe s’est fait chair” et “Il a habité parmi nous” (1,14). Le verbe grec “ginomai” (devenir) en 1,14, conjugué à l’aoriste “egeneto”, exprime un nouveau mode de la présence. Le Logos devient “sarx” (la chair), devient une personne en chair et en os. Cette habitation du Logos dans le monde continue la présence de Dieu. L’Incarnation du Verbe réalise la promesse vétéro-testamentaire: “Emmanuel (Dieu avec nous)” (Is 7,14). En même temps, le mode de cette présence de Dieu change radicalement: Désormais, la présence du Logos incarné est la présence de Dieu. Il dressa sa tente parmi nous (1,14). Le Verbe incarné est comme la Tente de Dieu dans l’Exode, remplie de la gloire du Logos, du Fils unique.

L’affirmation “Le Logos s’est fait chair” (1,14a) commence la deuxième partie du Prologue par la reprise du terme “Le Logos”. C’est une affirmation qui est étrangère à l’esprit humain. Pour les Juifs, il est inconcevable que le Dieu d’Israël soit présent à l’humanité dans un homme (cf. 10,33). La pleine humanité du Logos qui s’est faite dans sa fragilité, dans son devenir, dans son impuissance et dans son lien avec les autres créatures, est difficile à accepter pour l’esprit humain. On peut apercevoir en arrière-fond le caractère polémique de l’affirmation de la foi de la communauté chrétienne.

“Le Logos s’est fait chair” (1,14a) est un point culminant dans le développement du Prologue. C’est une étape importante et décisive dans l’histoire du salut. Le Logos personnalisé devient l’objet de la vue. Sa présence est visible et sa parole est audible à tout homme. Et pourtant, n’importe qui ne peut pas vraiment “voir” le Logos incarné.

3. “Nous avons vu sa gloire” (1,14b).

Le verbe “voir” (theaomai) en 1,14b ne renvoie pas à une pure contemplation des réalités invisibles. La visibilité du Logos incarné est juste mentionnée avant ce “voir”. L’aoriste “etheasametha” du verbe “theaomai” (voir) affirme que le Logos habite parmi les hommes à un moment précis. Ces deux indications dans le texte supposent certainement de voir avec les yeux dans l’affirmation: “Nous avons vu sa gloire” (1,14b). Autrement dit, la gloire du Logos incarné se fait voir dans l’histoire. Ce “voir” est basé sur une vue essentiellement corporelle de l’homme Jésus. C’est l’acte de “voir” lié à la chair (sarx). C’est cette vue physique qui permet au “nous” de devenir témoins oculaires. Pour marquer l’importance du mystère de l’Incarnation du Logos, Jean accorde aux verbes de vision un caractère concret, physique et même objectif. C’est pour cela qu’il ne faut pas dissocier “la vue spirituelle” de “la vue physique” ou privilégier l’une au détriment de l’autre.

Chez les disciples, l’acte de “voir” a été différent de celui des Juifs. La vision johannique se situe simultanément sur le plan de l’expérience sensible et sur celle des réalités spirituelles. Le “voir” authentique et plénier comporte une perception matérielle et une vision transcendante, qui n’est possible que dans le “croire”. Le “voir” physique devient un “signe” pour découvrir l’identité de Jésus: Qui est-il? D’où vient-il? C’est l’homme Jésus que les disciples voyaient et ainsi ils découvraient progressivement la gloire du Fils unique.

Le verbe “voir” en 1,14b s’accompagne d’un objet mystérieux: la gloire (doxa). Dans la tradition biblique, la gloire désigne la manifestation de Dieu, théophanie spectaculaire et salvifique. L’évangile de Jean a sa manière propre de parler de la gloire de Jésus. Dès le premier signe de Cana, Jésus manifeste sa gloire, “et ses disciples crurent en lui” (2,11). La manifestation de la gloire de Jésus conduit à croire en Jésus. Jésus fait voir sa gloire dans les signes, et en même temps, les signes manifestent la gloire de Dieu. En 11,40, Jésus dit à Marthe: “Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu?” C’est la gloire que Jésus tient de son Père (1,14c). Jésus la définit ainsi  aux Juifs: “Si je me glorifiais moi-même, ma gloire ne signifierait rien. C’est mon Père qui me glorifie” (8,54). Désormais, la gloire de Dieu se manifeste dans son Fils unique.

Dans l’évangile de Jean, la manifestation de la gloire de Dieu est approfondie. Ce ne sont plus les éléments extraordinaires et spectaculaires qui sont importants. Les signes johanniques, qui manifestent la gloire de manière visible, sont dépouillés de tous les aspects miraculeux. Dans les signes qui manifestent la gloire, l’important est que les hommes croient en Jésus, l’envoyé de Dieu. Cependant le texte johannique va beaucoup plus loin dans la conception de la gloire.

En effet, la gloire de Jésus n’est pas connue que par des signes que lui seul peut faire, elle se manifeste encore dans sa mort sur la croix. La croix est présentée comme un lieu, un moment de l’élévation et de la glorification. La prière de Jésus avant sa passion renvoie au Prologue: “Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût” (17,5). Sur la croix, la gloire de Jésus n’est plus dans les signes extraordinaires, mais elle est dans la manifestation de son amour jusqu’à l’extrême pour ses disciples (13,1) et dans la marque de sa royauté, car c’est le moment où il a vaincu le monde (16,33).

L’expression “Nous avons vu sa gloire” (1,14b) veut dire que nous avons vu la manifestation de la gloire, celle de Dieu et celle de Jésus à travers les signes, les œuvres et les paroles de Jésus, l’envoyé de Dieu. “Nous avons vu sa gloire” (1,14b) veut exprimer que nous, les croyants, avons vu son amour extrême: “Je suis le bon berger: Le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis” (10,11). La gloire de Jésus se manifeste dans son identité divine et dans son pouvoir sur la vie et la mort. Il donne la vie éternelle aux hommes: “Que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle” (6,40). Il a le pouvoir sur sa propre vie. Jésus dit: “J’ai le pouvoir de m’en dessaisir et j’ai le pouvoir de la reprendre” (10,18). La gloire du Logos incarné est la gloire du Fils unique de Dieu plein de grâce et de vérité (1,14c).

Jésus est glorifié par ses disciples (cf. 17,10). Il leur communique sa gloire. Jésus dit à son Père: “Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée” (17,22). Les disciples partagent la gloire de Jésus et ils entrent dans la communion avec lui et avec Dieu. L’expression “Nous avons vu sa gloire” résume tout l’évangile de Jean. Cependant, la gloire du Logos incarné n’est pas évidente à “voir”. L’évangile va montrer comment cette gloire s’est manifestée au monde: Elle est en quelque sorte cachée, elle demande à être déchiffrée, à être enseignée. C’est pourquoi, le “nous” dans “nous avons vu sa gloire” (1,14b) joue le rôle décisif: Ce sont les témoins oculaires de la gloire du Fils unique de Dieu. Cette gloire se fait voir dans la vie de Jésus et se fait entendre dans ses paroles: Jésus nous raconte Dieu (1,18).
Le verset 18 du Prologue met en relief le “voir  Dieu”  d’un côté et le “raconter (exêgeomai) Dieu” de l’autre. C’est ainsi que ce verset nous présente quelques aspects importants du “voir” et de l’“entendre”.

4. “Personne n’a jamais vu Dieu” (1,18a)

 Dans la tradition biblique, il y a deux explications sur l’impossibilité de voir Dieu. La première vient du caractère pécheur de l’homme (Es 6,5; Ex 33,20…). La deuxième vient de la transcendance absolue de Dieu (Ex 33,22s). Et pourtant, la Bible raconte l’apparition du SEIGNEUR à Abraham (Gn 18). Mais il ne s’agit pas tant de montrer qu’Abraham voit Dieu que de souligner que Dieu se fait voir à Abraham, puis à Moïse… (Ex 24,9-11, Jg 13,22).

L’affirmation “Personne n’a jamais vu Dieu” (1,18a) n’est pas liée à la situation pécheresse de l’homme, mais à sa condition de créature, confiné dans l’espace et le temps, et de ce fait incapable de voir Dieu. L’expression “Personne n’a jamais vu Dieu” (1,18a) affirme ainsi fermement la transcendance de Dieu. Toute tentation de “voir Dieu” est exclue. Et pourtant, Dieu n’est pas inaccessible. C’est Jésus Christ (1,17), le Fils unique de Dieu, qui peut nous parler de Dieu et nous communiquer la vie de Dieu.

5. Le Fils unique nous raconte Dieu (1,18b)

Il y a un lien étroit entre impossibilité de voir Dieu et “raconter Dieu” en 1,18: “Personne n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, nous l'a raconté”.

La traduction du verbe grec “exêgêsato” en 1,18b est variée: “a dévoilé” (TOB); “a fait connaître” (BJ); “a présenté”  (traduction interlinéaire de Maurice Carrez, 1993). Le verbe “exêgeomai” a le sens de conduire pas à pas jusqu’au terme, c’est-à-dire d’exposer en détail, d’expliquer, d’interpréter, de commenter, de présenter et de faire l’exégèse. Nous pouvons distinguer le verbe “exêgeomai” des verbes liés à la vision: “apokaluptô” (dévoiler, révéler), “deiknumi”, “deiknuô” (montrer, indiquer). Selon le genre littéraire apocalyptique, ces verbes se rattachent à une idée de voir. Tandis que dans le contexte de 1,18, le verbe “exêgeomai” veut exprimer l’audition plutôt que la vision parce ce que le “voir Dieu” est impossible. Cependant, le contexte du Prologue est complexe, un autre “voir” est possible. Cette vision a Jésus pour objet: “Nous avons vu sa gloire” (1,14b).

La traduction du verbe “exêgeomai” par “raconter” permet d’une part, de rester dans le domaine de la parole. Jésus se présente comme un révélateur par excellence. Et d’autre part, le “raconter” peut dépasser la parole, car Le Logos s’est fait chair, le “voir” est impliqué dans “raconter Dieu”. En effet, l’expression “raconter Dieu” peut renvoyer à un double niveau. Au niveau de la rédaction, “raconter Dieu” ouvre le récit de l’évangile. “Raconter” veut dire rapporter, relater. Le rédacteur situe son évangile tout entier comme un “raconter Dieu”, c’est une révélation de Dieu et sur Dieu. Au niveau du contenu de l’évangile, “raconter Dieu” est l’ensemble de la mission de Jésus. Jésus raconte Dieu par sa vie et ses activités: Les signes, les œuvres, les enseignements, son comportement, son amour et surtout, sa mort et sa résurrection.

C’est ainsi que la traduction du verbe “exêgeomai” par “dévoiler”, “interpréter” ou “commenter” paraît insuffisante. “Raconter Dieu” n’est pas simplement un commentaire ou une interprétation. Il s’agit de “raconter Dieu” par toute la vie. C’est pour cela que le “raconter” concerne l’“entendre” et le “voir”. Ce “raconter” se situe dans le domaine de la parole, du logos, mais il déborde de l’audition parce que le Logos s’est fait chair et “nous avons vu sa gloire” (1,14b).

Devant l’impossibilité de voir Dieu (1,18), le statut du Fils unique pour qu’il puisse raconter Dieu est central dans le Prologue. D’une part, le Prologue utilise plusieurs termes pour désigner un seul personnage: “Le Verbe était Dieu” (1,1); “Le Verbe s’est fait chair” (1,14a); “Fils unique” (1,14.18); “Jésus Christ” (1,17). Ces appellations affirment que “le Fils unique” est bel et bien celui dont il est dit: “Le Verbe était Dieu” (1,1). L’affirmation solennelle de Jésus: “Je Suis (egô eimi)” (8,24) et la confession de Thomas devant Jésus Ressuscité: “Mon Seigneur et mon Dieu” (20,28) rejoignent le Prologue. Jésus Christ est lui-même Dieu. D’autre part, le Prologue présente une relation interpersonnelle et filiale entre le Logos et Dieu, entre le Père et le Fils unique. Cette relation est exprimée par des prépositions et par le verbe “eimi” (être).

En ce qui concerne les prépositions, deux fois, le texte utilise l’expression “avec Dieu (pros ton theon)” (1,1-2). En 1,14, c’est le Fils qui tient sa gloire du Père (para patros). En 1,18, le Fils est “dans le sein du Père (eis ton kolpon tou patros)”. La préposition “pros” avec l’accusatif veut dire “vers”, “à”, “avec”. La préposition “eis” avec l’accusatif exprime une direction précise: “à”, “dans”, “sur”. La préposition “para” avec le génitif a un sens d’origine ou d’auteur: “d’après”, “de chez”, “de la part de”. Ces trois prépositions, de manière différente, expriment une relation intime entre le Père et le Fils. Elles sont utilisées au début, au milieu et à la fin du Prologue pour montrer vraisemblablement que l’Incarnation du Logos ne modifie en rien cette relation.

Quant à l’utilisation du verbe “eimi” (être), en 1,1, il est à l’imparfait: “ên” (était) qui insiste sur l’idée de durée. En 1,18, le verbe “eimi” (être) est au participe présent: “ho ôn” (qui est). Il semble que le Prologue ne fasse pas de différence entre la relation “Père – Fils”, avant et après l’incarnation du Logos. Le Prologue n’enferme pas dans l’espace et le temps. Le participe présent “ho ôn” du verbe “eimi” (être), en 1,18 porte une valeur permanente. La relation et la communion entre le Père et le Fils n’ont pas été interrompues par l’Incarnation. Cette relation face-à-face entre Jésus et son Père est encore plus développée tout au long de l’évangile. Le Logos, le Fils unique (1,18), est Dieu, il est de Dieu. Il est le Fils face au Père dans une communion parfaite. Cette communion figure aussi dans la parole énigmatique de Jésus: “Celui qui m’a vu a vu le Père” (14,9b).

6. Conclusion

En résumé, le Prologue de l’évangile de Jean est particulièrement important dans la théologie johannique. La visée du Prologue (1,1-18) est double. D’une part, il est une proclamation de foi du l’auteur – et derrière lui, sa communauté – au sujet de l’identité de Jésus, son origine et sa mission. D’autre part, le Prologue s’introduit dans le contenu de l’évangile. Avec le Prologue, le lecteur peut saisir le sens de l’ensemble du texte.

Le Prologue et la conclusion de l’évangile permettent de résumer le contenu de la révélation de l’évangile en trois points:
1) Réveler l’identité de Jésus: Qui est-il? D’où vient-il?
2) Présenter la mission de Jésus: Qu’est-ce qu’il a dit? Qu’est-ce qu’il a fait?
3) La proposition s’adresse au lecteur: Croire en Jésus pour avoir la vie en son nom. La conclusion (20,30-31) s’exprime bien le but de l’évangile.

Le narrateur dit au lecteur à la fin de son évangile: “Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom” (20,30-31). Maintenant, c’est à nous de lire l’évangile et de décider nous-mêmes./.





1 commentaire:

  1. Un grand merci et Félicitations pour ce superbe partage. Bonne continuation.Bien à toi.

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